Depuis 2003, chaque 10 octobre, la communauté abolitionniste célèbre la Journée mondiale contre la peine de mort. Cette journée est l’occasion de mettre l’accent sur les victoires, les perspectives et les stratégies pour parvenir à mettre un terme à la peine capitale.

C’est dans ce cadre qu’Ensemble contre la peine de mort (ECPM) organise chaque année des événements publics afin d’informer et de débattre sur le sujet. Ainsi, Antoinette Chahine, invitée dans le cadre d’un séminaire parlementaire sur la peine de mort en Afrique du nord et au Moyen-Orient organisé conjointement par ECPM, le ministère des Affaires étrangères, l’Assemblée nationale et le Sénat, est venue raconter son histoire face à divers auditoires du 7 au 11 octobre.

Ancienne condamnée à mort libanaise innocentée et libérée après 5 ans d’incarcération, Antoinette a raconté son histoire dans un livre « Crime d’innocence ». La troupe de théâtre la Fabryk a créé un spectacle adapté de ce témoignage : « C’est combien d’année la perpétuité ? ». Pour la première fois depuis sa création, les acteurs ont pu jouer leur pièce devant Antoinette. Stress et émotion étaient au rendez-vous…sur scène et dans le public. Pour la première fois, Antoinette entendait son histoire douloureuse : peur, colère, tristesse, inquiétude…son destin se jouait, à nouveau, devant elle. La fin de la représentation est intense : Antoinette, très émue, remercie les comédiennes pour leur performance si proche de la réalité. Ces dernières, tout aussi touchées, espère ne pas avoir trahi le texte et attendaient, avec appréhension, la réaction de l’ancienne condamnée à mort. C’est alors le début d’un échange entre elle et le public, impatient de pouvoir connaitre la suite de l’histoire jouée. Et la suite, Antoinette la raconte avec espoir et conviction. Le bonheur, tout d’abord, celui de s’être relevée et d’avancer malgré les cicatrices laissées par des années de torture et d’injustice. Son mariage et la naissance de ses enfants, sa plus grande joie comme elle aime à le dire. Et son combat, qui, désormais, ne la quitte plus : celui de voir un monde exempt de toute peine capitale.

Un des objectifs de cette Journée mondiale est donc pleinement atteint : informer et témoigner de l’horreur que représente la peine de mort. Cette journée pour ne pas occulter la réalité de ce châtiment, une soirée pour ne pas oublier que tous les jours, partout dans le monde, des femmes et des hommes vivent toujours dans les couloirs de la mort. Antoinette rappelle souvent qu’elle veut témoigner de son histoire mais aussi et surtout, qu’au delà de son propre vécu, celle de tant d’autres condamnés dans l’attente. Alors, témoignage après témoignage, elle se bat pour eux, pour l’abolition universelle de la peine de mort, et ECPM continuera d’œuvrer pour que cette cause soit entendue, lors de la Journée mondiale, et tous les autres jours de l’année.

Justine Payoux