ECPM lance officiellement sa mission d’enquête sur la peine de mort au Etats-Unis, réalisée par Arnaud Gaillard, sociologue, spécialiste des questions carcérales et de la peine de mort.

Sur 50 Etats, 34 pratiquent encore aujourd’hui la peine de mort ; en 2010, 12 États ont procédé à des exécutions, ôtant la vie à 46 personnes (contre 52 en 2009), portant ainsi à 1 234 le nombre total de personnes exécutées depuis le rétablissement de la peine capitale en 1977. Après le New Jersey en 2007 et le Nouveau Mexique en 2009, l’Illinois est devenu, en mars 2011, le 16e État à abolir la peine capitale.

Ce rapport fait également l’objet d’une sortie nationale, disponible à la vente, aux éditions Max Milo, sous le titre 999, Au cœur des couloirs de la mort.

Dans cette enquête, au regard des normes internationales en matière d’incarcération, mais également au regard des principes généraux de la justice dans un pays démocratique, la peine de mort aux États-Unis, est analysée comme une torture polymorphe. Il ne s’agit pas tant des supplices de l’exécution comme instant de mise à mort, certes dans tous les cas violents et douloureux. Il s’agit de tout ce qui précède en termes de conditions d’enfermement, de perspectives castrées, de recours judiciaires aléatoires, de manque d’indulgence et de foi dans des êtres que pourtant la vie éduque.

Cette mission d’enquête est réalisée à partir de sources bibliographiques portant sur les pratiques à l’échelle nationale, mais aussi d’une recherche empirique, via des interviews, des questionnaires, des observations et une immersion dans les États suivants : Californie, Utah, Oklahoma, Texas, Mississippi, Tennessee, Pennsylvanie et Virginie.

« Les gens dans ce pays sont assoiffés de punition. Depuis plusieurs décades, les États-Unis ont incarcéré plus que tous les pays au monde. »

, Steve Hall, directeur du StandDown Texas Project.

« On est vus comme des sous-merdes, on est méprisés et oubliés. Les gens ne savent même plus qu’on est là. Et jamais personne ne peut imaginer qu’il y a des innocents ici. Personne n’a de vision critique du système. Les gens croient à la justice comme un système juste qui fonctionne. Ça les rassure. Nous, on est les mauvais. Mais de quel droit ils vont nous tuer, nous les blacks, les pauvres ? Ils nous possèdent comme on possédait des esclaves avant. C’est de la torture ! (…) Moi-même, je ne savais rien là-dessus. Ça ne m’intéressait pas avant. »

Kevin Cooper, détenu à San Quentin, Californie.

L’objectif des missions d’enquête d’ECPM est double : il s’agit à la fois de rendre compte de la réalité des couloirs de la mort, au-delà des apparences, mais également pouvoir interpeller les institutions politiques, carcérales, mais aussi l’opinion publique, en analysant au plus près de la réalité, les conditions de vie et de mort des condamnés à la peine capitale.

Cette mission s’inscrit dans le cadre des enquêtes dans les couloirs de la mort qu’ECPM organise régulièrement à travers le monde. Ce projet avait débuté par des enquêtes au Rwanda, Burundi et RDC (cette dernière a reçu le prix des droits de l’homme de la République française en 2005). Une prochaine étude devrait avoir lieu prochainement au Maroc.

Arnaud Gaillard
Sociologue spécialiste des questions pénales