La Coalition mondiale contre la peine de mort, dont ECPM est membre fondateur et secrétaire exécutif, a élaboré le programme scientifique du Congrès mondial. Faites connaissance avec Aurélie Plaçais, née en 1983 alors que la peine de mort est déjà abolie en France depuis deux ans. Cette quadrilingue est aujourd’hui responsable des campagnes à la Coalition mondiale contre la peine de mort, qui regroupe 104 membres provenant de 38 pays.
Comment travaille-t-on avec une centaine d’organisations de 38 pays ?
Nous travaillons essentiellement par e-mail. Tous les documents sont téléchargeables sur le site de la Coalition mondiale contre la peine de mort (www.worldcoalition.org). Notre langue de base est l’anglais. Tous les jours une centaine de personnes lisent mes e-mails et je reçois une centaine de messages. En revanche, il y a des membres de la coalition que je n’ai jamais rencontrés même si nous travaillons ensemble au quotidien.
Vous êtes deux fois plus jeune qu’une très grande partie d’entre eux…
Beaucoup ne le savent pas.
Que se passe-t-il quand ils l’apprennent ?
Je suis toujours très motivée par les Assemblées générales. Ce sont les moments où nous arrivons à mettre un visage sur un nom, où nous avons un vrai retour, où nous voyons réellement les gens concernés par notre travail.
Vous êtes le moteur des campagnes de la Coalition mondiale. En quoi consiste votre travail quotidien ?
Je crée et je diffuse des outils qui permettent aux membres de la Coalition de mener leurs actions. Je les relance pour qu’ils s’entraident, je m’occupe du suivi médiatique. Notre équipe soutient leurs campagnes au niveau international mais ce sont eux qui mènent les actions.
Comment gérer les débats, voire les conflits entre des membres de différents pays ?
Je n’ai pas de conflit à gérer dans mon travail. Les conflits d’intérêt politique entre certains pays n’ont rien à voir avec notre objectif commun. Il existe des conflits au niveau national, entre les organisations d’un même pays. Les visions des organisations d’avocats, des organisations proches des gouvernements, des organisations indépendantes de militants sur le terrain, sont parfois opposées. Il peut y avoir autant de visions que de membres. Mais les débats se terminent là où mon travail commence. La priorité est de parvenir à un consensus pour notre démarche commune.
En quelle langue entendez-vous le plus souvent des arguments en faveur de la peine de mort ?
En chinois. Même si la situation en Chine évolue. C’est facile de critiquer ce pays. On peut tomber dans le cliché, le stéréotype, la dénonciation. C’est beaucoup plus difficile d’arriver à quelque chose de constructif. Comme avec les pays du Moyen-Orient.
Quelle a été la plus grande déception dans votre travail ?
L’exécution en novembre 2008 de Wo Wei Han, un condamné chinois pour espionnage. J’avais beaucoup travaillé avec sa famille pour sa libération. Je l’ai pris comme un échec personnel.
Et l’action dont vous êtes la plus fière ?
Le lancement de la campagne de ratification du Deuxième Protocole se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le seul traité international qui rend l’abolition irréversible.
D’où viennent votre énergie et votre enthousiasme ?
De ma conviction que la peine de mort est injuste parce qu’elle condamne trop souvent des innocents. On n’est pas dans un monde où la justice est parfaite et, par conséquent, la peine de mort est inacceptable. Prendre la vie d’un innocent n’est pas tolérable aussi bien qu'il est intolérable qu’un Etat puisse en son nom exécuter une personne quelque soit la nature de son crime. La peine de mort est, dans tous les cas, cruelle inhumaine dégradante et selon moi, une profonde atteinte aux droits fondamentaux.
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