Réseau asiatique contre la peine de mort, composé de nombreux ONG, d'avocats et de personalités de la société civile, ADPAN co-organise avec Ensemble contre la peine de mort (ECPM) le prochain Congrès régional à Kuala Lumpur, en Malaisie, les 11 et 12 juin prochains. Au sein de son comité exécutif, l’avocate Ngeow Chow Ying qui est aussi vice-présidente de la Commission des droits de l’homme de l’Assemblée chinoise de Kuala Lumpur Selangor (Kuala Lumpur Selangor Chinese Assembly Hall – KLSCAH). Entretien.

Dans quels objectifs a été créé ADPAN ?
APAN a été créé en 2006 pour mettre en réseau l’ensemble des organisations asiatiques qui travaillent sur la peine de mort. L’objectif étant de consolider le mouvement abolitionniste dans la région et de soutenir les défenseurs des droits de l’homme. Beaucoup de pays en Asie sont favorables au maintien de la peine capitale. C’est l’une des régions qui exécutent le plus. Pour faire avancer le mouvement abolitionniste international, nous devrions concentrer nos efforts sur l’Asie.

Pour la première fois, vous co-organisez avec ECPM un Congrès régional sur la peine de mort. Qu’espérez-vous de cet événement ?
Nous espérons que ce soit un premier jalon vers l’abolition de peine de mort en Asie du Sud-Est. Ce rendez-vous inédit doit permettre d’ouvrir le débat à l’échelle régionale et faire converger les points de vue des différents acteurs impliqués : organismes gouvernementaux, société civile, universitaires, médias. Il est important qu’après le Congrès chaque participant reparte avec un projet pour atteindre nos objectifs communs. Nous souhaitons aussi que ce Congrès fasse tomber les fausses idées sur la peine de mort. En Asie, beaucoup de gens considèrent, à tort, que la peine capitale permet de résoudre les problèmes sociaux causé par le trafic de drogues et l’addiction.

Qu’attendez-vous de Nancy Shukri, ministre malaisienne de la Justice, et de José Ramos-Horta, ancien président du Timor-Oriental et prix Nobel de la paix en 1996, qui sont tous les deux invités au Congrès régional ?
De Nancy Sukri, j’attends qu’elle mette en lumière les études approfondies qu’a menées le gouvernement malaisien sur la peine de mort. Nous avons besoin de connaître la position du gouvernement sur cette question et la direction qu’il veut prendre. En ce qui concerne Jose Ramos-Horta, j’espère qu’il nous aidera à porter nos idées auprès des parlementaires, à mieux nous faire entendre auprès de ceux qui fabriquent les lois.

Après le Congrès, comment ECPM et ADPAN pourraient-ils poursuivre leur collaboration ?
Je pense que nous pourrions faire du Congrès régional un événement régulier en Asie. Nous pourrions également renforcer notre présence et influence dans la région en développant ensemble des stratégies d’action pour les ONG et en créant une plate-forme commune de mise en réseau efficace.

Sur un plan plus personnel, comment êtes-vous devenue une militante contre la peine de mort ?
J’ai commencé à m’impliquer dans le mouvement anti-peine de mort quand la Commission des droits de l’homme de l’Assemblée chinoise de Kuala Lumpur Selangor (la CRC-KLSCAH dont je suis vice-présidente) a pris la défense de Yong Vui Kong, un jeune malaisien condamné à mort à Singapour pour trafic de drogues. En 2010, la Commission a mené campagne pour demander un geste de clémence auprès des autorités. Nous avons organisé une tournée nationale, des forums et des expositions artistiques. Nous avons aussi lancé une pétition et mené une champagne médiatique orchestré des interviews exclusives et monté un conférence de presse pour sauver la vie de Yong. C’est par le biais de ces événements qu’un débat public s’est ouvert sur la peine de mort en Malaise et que Yong ne vit plus avec la peur d’être exécuté. En 2013, sa peine capitale a été commuée en prison à vie.

Propos recueillis par Camille Sarret.
A consulter : le site du Congrès régional en anglais