Albert Camus, auteur de l’étranger et de la peste et Prix Nobel de littérature en 1957, aurait eu 100 ans le 7 novembre dernier. C’est l’occasion aujourd’hui de revenir sur le combat mené, par cet abolitionniste convaincu, tout au long de sa vie à travers ses œuvres de fiction et ses discours publics ou par son engagement personnel sur des cas particuliers.

Si l’homme aurait célébré ses 100 ans ce mois-ci, la lecture de ses écrits nous rappelle que le combat pour l’abolition universelle de la peine capitale est encore et toujours d’actualité puisque 57 pays dans le monde pratiquent encore le châtiment qui provoquait chez Camus un dégoût viscéral depuis son plus jeune âge. Veuve, la mère de Camus lui avait en effet rapporté que son père avait assisté à une exécution perpétrée en réponse à un crime particulièrement odieux et qu’il en était revenu avec un sentiment de dégoût tel qu’il s’était mis à vomir. Camus se souviendra toujours de cette anecdote familiale et développera plus tard dans ses écrits, notamment dans Réflexions sur la guillotine, une argumentation sur le fait que la peine de mort n’est qu’ « une sorte d’institutionnalisation raisonnée du penchant meurtrier de l’homme ».
Après la Seconde Guerre mondiale pourtant, il aura une position favorable à la politique d’épuration s’expliquant par la perte de nombre de ses amis résistants. Il reviendra rapidement sur ce choix et soutiendra même, à la demande de Marcel Aymé, le recours en grâce de Robert Brasillach, écrivain et rédacteur en chef du journal collaborationniste et antisémite Je suis partout et condamné à mort au terme d’un procès expéditif.

à partir de 1954, Camus associera à son engagement public, un soutien personnel apporté aux condamnés à mort, notamment tunisiens, malgaches, chypriotes, iraniens et algériens. à titre privé, il enverra en effet de nombreux courriers pour soutenir le recours en grâce de plus d’une centaine de condamnés à mort.

Disparu accidentellement en 1960, Camus a laissé un héritage abolitionniste important qu’Ensemble contre la peine de mort (ECPM) aux côtés des membres de la Coalition mondiale contre la peine de mort font perdurer en agissant au quotidien pour l’abolition universelle de la peine de mort, notamment dans la région MONA (Moyen-Orient et Nord de l’Afrique) où l’association mène un projet de renforcement de capacités de la société civile et des actions de sensibilisation de l’opinion publique.

Marianne Rossi

Pour aller plus loin sur l’engagement de Camus sur la peine de mort, lire le livre d’Eve Morisi