Co-organisé par Ensemble contre la peine de mort et le réseau asiatique anti-peine de mort (ADPAN), le Congrès régional qui se tiendra en Malaisie les 11 et 12 juin, s’articule autour deux thématiques majeures : trafic de drogues et peine de mort automatique. « Ce qui correspond aux enjeux du combat abolitionniste en Asie du Sud-Est », précise Timothée de Maillard, l’un des coordinateurs du Congrès, qui a participé à l’élaboration du programme.

Dans cette région, l’une de celles qui produit et consomme le plus de drogues au monde, la peine de mort est couramment utilisée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Dans les dernières condamnations à mort qui ont été prononcées, le nombre élevé de victimes touchées par la drogue constituait le principal argument justifiant la sanction. Mais la peine capitale est-elle, dans ce domaine, un outil efficace ? Comment la consommation et le trafic de stupéfiants ont-ils évolué dans la région ? C’est ce débat que les organisateurs souhaitent ouvrir dès la session plénière, le 11 juin.

Autre thème clé et corrélé au premier : la peine de mort automatique qui a été abolie dans de nombreux pays d’Asie du Sud-Est mais qui reste en vigueur en Malaisie et à Singapour. « Quand la peine de mort est automatique, cela revient à nier le rôle du juge, explique Timothée de Maillard. Il n’a plus la possibilité de pondérer la sentence en fonction des circonstances du délit. » Or, en Malaisie, la peine de mort automatique s’applique dans nombreux cas : homicide, coups de feu avec intention de tuer ou de blesser et trafic de drogue (à partir de 15 g d’héroïne et 200 g de cannabis…). A Singapour, les amendements apportés à la législation en 2012 ont réduit le champ d’application de la peine de mort automatique mais le principe juridique perdure. Aussi, pour mieux faire comprendre leur rôle dans le système judiciaire, des juges sont invités à témoigner lors du Congrès.

Ateliers et tables rondes

En complément, des sujets, plus classiques mais tout aussi importants, seront abordés sous forme d’ateliers ou de tables rondes : éduquer à la peine de mort, travailler avec des familles de victimes, peser dans le jeu diplomatique… « Notre but n’est pas de réclamer l’abolition totale et immédiate de la peine de mort mais de permettre la confrontation de points de vue, de faire émerger la peine de mort comme un sujet de société en Asie du Sud-Est, nuance le coordinateur français. Comme l’intitulé officiel le souligne, il s’agit d’un Congrès sur la peine de mort et non pas contre la peine de mort. »

Personnalités politiques

Pour que le Congrès ne soit pas sans lendemain, des invités de haut rang sont attendus. En premier lieu, la ministre malaisienne de la Justice. « Au début, on y croyait pas trop et maintenant on est plutôt confiant. Il y a de grande chance qu’elle soit présente ou qu’elle se fasse représenter par son directeur de cabinet », confie Timothée de Maillard. Sont également conviés l’ancien président du Timor-Oriental, José Ramos-Horta, Nobel de Paix en 1996, et le président de la Commission malaisienne des droits de l’homme, Tan Sri Hasmy Agam. Sans oublier l’Union Européenne et les ambassades qui soutiennent le Congrès : celle de Norvège, de la France, du Royaume-Uni et de l’Australie.

Camille Sarret.
A télécharger : programme provisoire du Congrès (en anglais)
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