« J’ai l’honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France ». C’est par ces mots qu’il y a exactement 35 ans Robert Badinter lançait le processus d’abolition en France, le 17 septembre 1981. 11 jours plus tard, la loi passait devant le Sénat. Elle était enfin promulguée au Journal officiel le 9 octobre.

Le courage politique que l’on doit à Robert Badinter et François Mitterrand est aujourd’hui unanimement et universellement salué. Leur action est toujours une source d’inspiration, et c’est pourquoi ECPM est très honorée d’être soutenue par Monsieur Badinter depuis plus de 15 ans. L’ancien garde de Sceaux sera présent lors des événements autour des 35 ans de l’abolition et de la Journée mondiale que nous organisons tout au long du mois d’octobre. En cela, le fait qu’il soit notre Président d’Honneur donne une résonance symbolique incroyablement plus forte à notre association. Et je ne l’en remercierai jamais assez !

Le courage politique, c’est justement ce qui manque cruellement à beaucoup de femmes et d’hommes politiques à travers le monde. Nous observons depuis plusieurs mois la reprise des exécutions au Pakistan et en Indonésie et l’augmentation massive de celles-ci en Iran et Arabie Saoudite. Nous assistons surtout à une régression de la parole politique, par des annonces -fracassantes autant qu’ineptes- de désir de relance de la peine capitale, illustrant le populisme ambiant et l’irresponsabilité politique d’un certain nombre de dirigeants. Les Maldives par exemple annoncent régulièrement la relance des exécutions (notamment pour les enfants à partir de 7 ans) comme une affirmation de leur identité nationale, régie par la charia. Ces jours-ci, le ministre de l’intérieur de Sierra Leone a confirmé sa volonté de relancer les exécutions (après un moratoire en vigueur depuis 1998).

Comment ne pas citer le président philippin, Rodrigo Duterte, qui en plus des déclarations à l’emporte-pièce, des méthodes diplomatiques obscures des appels aux meurtres et des exécutions extra-judiciaires, a annoncé son projet de réintroduire la peine de mort abolie depuis 2006 ? Il voudrait ainsi légaliser les meurtres et assassinats déjà commis en son nom dans la soi-disant lutte contre le trafic de drogue. Pourtant, l’ONU et la majorité des États-membres (dont les USA, la Colombie et le Mexique) ont fait le constat en mars dernier à New York de l’inefficacité du « tout répressif » dans la fameuse politique de « guerre contre la drogue » (la« war on drugs » ). Enfin, comment ne pas parler de notre voisin, aux portes de l’Europe, qui utilise le prétexte d’un coup d’État pour lancer une vaste politique de terreur ? La Turquie, qui est pourtant abolitionniste en droit depuis 2008 et qui a soutenu le dernier Congrès mondial d’Oslo, veut remettre à l’ordre du jour la peine de mort par référendum, sans préciser qu’elle devrait alors dénoncer les nombreux traités internationaux dont elle est signataire et ainsi perdre toute crédibilité internationale.

La moindre occasion, la moindre turbulence politique, est prétexte à l’expression d’une vengeance politique autant que d’un message clair des États à leurs propres peuples : ils se réservent un droit de vie ou de mort sur leurs citoyens. Notre vigilance et notre action prennent une acuité particulière dans ce contexte politique difficile, c’est pourquoi la thématique de la journée mondiale 2016 porte sur le terrorisme. Je vous invite à feuilleter les outils de la Coalition mondiale contre la peine de mort, élaborés pour l’occasion.

 N’oublions cependant pas que malgré ces alertes préoccupantes, la tendance mondiale reste une progression vers l’abolition universelle. Nous traversons une tempête, mais nous maintenons le cap, et l’abolition de la peine de mort reste notre combat de chaque instant, plus que jamais.

Raphaël CHENUIL-HAZAN

Directeur général ECPM