Ils sont une dizaine de bénévoles à s’investir dans le groupe relais qu’Ensemble contre la peine de mort (ECPM) a lancé en début d’année en Ile-de-France. Quasiment autant de femmes que d’hommes, certains retraités, d’autres étudiants ou encore actifs, mais tous animés par une envie de partage et de réflexion. Leur mission : organiser et animer des interventions scolaires auprès de collégiens et lycéens français et créer des événements de sensibilisation à destination du grand public en lien avec les campagnes que mène l’association, telle que « La peine de mort est homophobe », ou à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort (tous les 10 octobre).

Sous la responsabilité de Marianne Rossi, la coordinatrice du projet Éduquer aux droits de l’homme et à l’abolition de la peine de mort et animé par Charlène Martin, assistante projet Éduquer à l’abolition, le groupe relais se réunit une fois tous les deux mois pour construire et programmer les interventions. Chaque bénévole est initié aux méthodes pédagogiques de l’association et formé à la thématique de la peine de mort par des spécialités issus du réseau d’ECPM. Un apprentissage encadré mais pas formaté. « Toute proposition de projet est bienvenue, souligne Marianne Rossi. Chaque bénévole, selon sa sensibilité, ses goûts et ses affinités, peut faire des suggestions de personnalités à inviter, de jeux à créer ou encore de films à partager. C’est un travail collectif ! »

Et ce n’est que le début de l’aventure. D'ici un an, ECPM cherchera à développer des groupes relais de bénévoles en région. Si vous souhaitez rejoindre le groupe relais ou avoir des renseignements, contactez Charlène Martin par mail cmartin@abolition.fr ou par téléphone 01 80 87 70 45.

Témoignages de bénévoles

Manon, étudiante en sociologie, 24 ans
« Après avoir fait un stage à ECPM, j'avais envie de rester en contact avec l'équipe et m'investir dans un projet qui touche les adolescents. C'est un des aspects qui me parle le plus dans la lutte pour l'abolition. Tout comme moi, les adolescents d'aujourd'hui n'ont pas connu la peine de mort. Il est difficile d'imaginer qu'on guillotinait encore en France jusqu’au début des années 80. Ça semble tellement anachronique ! L’abolition de la peine de mort est un acquis qu’on a tendance à oublier. Pourtant, tout le monde n’est pas convaincu de son bien-fondé. C’est pourquoi il est important de continuer à en parler, notamment à l’école où la thématique est très peu abordée.
Je suis d’autant plus motivée qu’ECPM nous met très vite dans le bain. Nous sommes déjà invités à observer une intervention scolaire avec la participation de la militante libanaise Antoinette Chahine, qui a été condamnée à mort à 26 ans avant d’être inocentée. Nous sommes aussi encouragés à faire des propositions pédagogiques. Personnellement, j’aimerais organiser une projection-débat autour du film d’Asghar Farhadi, Les Enfants de Belle Ville, qui raconte l’histoire d’un adolescent condamné à mort en Iran. »

Stéphane, administrateur de biens, 50 ans
« J’ai toujours été intéressé par le sujet de la peine de mort. Mon père était farouchement contre. J’ai dû hériter cela de lui. Je considère la peine de mort comme une aberration absolue. C’est le principe : « Je te tue parce que tu as tué !» Cela n’a aucun sens. C’est juste inhumain.
Plus jeune, le combat de Badinter m’a énormément marqué. Je voue une admiration sans borne à ce grand militant et humaniste. Aujourd’hui, je pense qu’il faut militer pour conserver l’abolition en France et pour l’obtenir dans le monde entier. L’abolition universelle est plus que jamais un combat d’actualité.
Or, tout part de l’éducation. C’est pour cela que j’ai envie d’intervenir au plus près des jeunes, d’aller à leur rencontre pour leur parler d’un combat qui me tient à coeur. Ce n’est pas à 40 ans que l’on change d’avis sur la peine de mort. Mais c’est quand on est adolescent que l’on peut se forger une opinion éclairée. »

Patricia, institutrice à la retraite, 62 ans
« Je fais déjà partie d’une association qui travaille sur le conte. Mais j’avais l’envie et le besoin d’avoir une engagement plus solidaire et humain. J’ai l’impression qu’en France, les droits de l’homme sont de moins en moins bien respectés et défendus. Je ne suis pas certaine que si aujourd’hui un référendum était organisé sur la restauration de la peine de mort, la réponse serait nécessairement négative. Il faut savoir entretenir une réflexion permanente sur ce qu’est la justice. Je suis très sensible à l’injustice et aux discriminations. Je suis métisse mais je n’ai jamais souffert de remarques déplacées parce que ça ne se voit pas. En revanche, mon frère qui a une peau plus foncée a, lui, connu les insultes et les contrôles d’identité. « Le regard de l’autre », je sais ce que cela veut dire !
Par ailleurs, à la fin de ma carrière d’institutrice, je me suis rendue compte que les jeunes étaient complètement désengagés et ne connaissaient pas certaines périodes de l’histoire récente comme Mai 68. Ça me paraît indispensable de les sensibiliser aux valeurs fondamentales et universelles des droits de l’homme. Et le faire au sein d’ECPM me convient parfaitement parce que j’adhère aux méthodes pédagogiques que défend l’association : ne pas chercher à convaincre mais susciter la réflexion en provoquant une prise de conscience. Cela témoigne d’un grand respect. »