En juin 2005, Chelsea Richardson est condamnée à mort par l’État du Texas, accusée d’avoir assassiné les parents de son petit ami afin de profiter de l’héritage de ce couple qui s’élevait à 1,65 million de dollars. Également mis en examen, le petit ami, Andrew Wamsley et sa sœur, Susana Toledano, seront condamnés à des peines de prison. La théorie de l’accusation a présenté Chelsea comme l’instigatrice de ce projet et elle a ainsi porté la responsabilité entière pour ce crime. Elle a 19 ans au moment de son arrestation et n’est que très peu défendue par son avocat commis d’office alors qu’aucune preuve matérielle et aucun témoignage ne la relie au crime ou à la scène du crime. Ses empreintes digitales, son profil génétique ne sont pas retrouvés sur la scène du crime, où l’on aurait pu s’attendre à trouver des cheveux car elle avait à l’époque une longue chevelure blonde.

Lors de son premier appel, sa condamnation à mort est confirmée. Pour son deuxième appel, un nouvel avocat reprend son dossier, il s’appelle Bob Ford. Il analyse le dossier sur le fond et sur la forme, et s’aperçoit qu’au moment du procès, l’accusation a sciemment caché à la défense un rapport de l’expert psychologue qui présentait des éléments à décharge quant à la responsabilité de Chelsea. Cet élément nouveau est suffisant, en tout cas sur papier, pour faire annuler la condamnation à mort afin d’obtenir un nouveau procès. Pour obtenir cette cassation, son avocat va réclamer que le procureur se récuse car son prédécesseur qui a traité ce dossier au moment du procès avait commis plusieurs malversations. Non content d’avoir caché ce rapport d’expertise, il a également bafoué la confidentialité des échanges entre l’accusée et son avocat qui est pourtant garantie par la loi. Ce procureur, Mike Parrish, a également été pris la main dans le sac dans le dossier de Michael Toney, condamné à mort et finalement libéré dix ans plus tard à cause des malversations de l’accusation. A la date d’aujourd’hui, aucune enquête n’a été diligentée concernant Mike Parrish et ses agissements pour le moins illégaux.

Le 2 novembre 2011, la Cour d’appel du Texas reconnaît enfin que Chelsea Richardson n’a pas bénéficié d’un procès équitable et renvoie le dossier vers la Cour inférieure afin d’instruire un nouveau procès, la deuxième partie du procès celle qui détermine la sentence. Sa culpabilité n’est pas remise en question. Le nouveau procureur, Joe Shannon, déclare que : « si la peine de mort doit être appliquée, elle doit être obtenue légalement, équitablement et honnêtement, sans le moindre soupçon d’injustice ».

Le 17 janvier 2012, lors d’une audience qui a duré à peine cinq minutes, la condamnation à mort de Chelsea Richardson est finalement commuée en peine de prison à perpétuité, sans la tenue d’un nouveau procès et ce après des négociations directes entre l’accusation et la défense. Sa culpabilité n’a jamais été remise en question alors que de nombreuses et sérieuses interrogations interpellent toutes celles et ceux qui se sont penchés sur son dossier. Elle a passé presque sept ans dans le couloir de la mort des femmes au Texas qui est situé dans la prison de Gatesville au nord de l’État. Théoriquement, les femmes condamnées à mort sont soumises aux mêmes conditions de détention que les hommes, pourtant pendant des années on a pu constater plus de souplesse envers les femmes. Par exemple, elles avaient accès à la télévision, elles n’étaient pas menottées pour sortir de cellule, elles avaient accès à des ateliers de travaux manuels ; et ce jusqu’au jour ou cette prison a été accréditée par l’American Correction Association. Cette certification a obligé le directeur à appliquer strictement les mêmes conditions pour les femmes que pour les hommes. Aujourd’hui elles sont donc soumises au régime strict de l’isolement et aux mêmes contingences sécuritaires que les hommes condamnés à mort.

Agée aujourd’hui de 27 ans, Chelsea Richardson pourra demander une libération conditionnelle dans 40 ans. Les familles de deux victimes ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles feront tout pour empêcher sa remise en liberté.

Condamnée à une peine de prison à perpétuité, Chelsea Richardson est vouée à une vie dans l’oubli d’une prison pour femmes au Texas, un nouveau statut qui ne lui donne plus le droit à un avocat commis d’office pour tenter de prouver son innocence. Qui pourra se soucier d’elle ou de toutes celles et ceux qui sont dans la même situation ?

Sandrine Ageorges-Skinner