Cela fait désormais quatre ans que Sarah Rosner, enseignante de français au collège Edouard-Manet de Villeneuve-La-Garenne, collabore avec Ensemble contre la peine de mort pour sensibiliser ses élèves à l’abolition de la peine de mort. « J’intègre les interventions d’ECPM dans mes cours consacrés à l’argumentation ou à l’autobiographie, des thématiques spécifiques au programme de troisième. Nous avons organisé une exposition, participé au concours d’affiches ”Dessine-moi l’abolition”, échangé avec des experts de l’abolition et reçu des anciens condamnés à mort qui partagent avec émotions leur vécu. » Pour cette enseignante qui travaille en zone prioritaire d’éducation, le plus beau souvenir reste sans conteste la visite au Palais Bourbon à l’occasion du Séminaire parlementaire sur la peine de mort dans la région Afrique du Nord – Moyen-Orient organisé par ECPM en partenariat avec le ministère français des Affaires étrangères, l’Assemblée nationale et le Sénat. « C’était le 10 octobre dernier, pour la journée mondiale contre la peine de mort. Les élèves ont pu assister aux discussions au cœur de l’Assemblée nationale. Ils ont été très impressionnés. »

Dans le cadre de son programme Eduquer lancé en 2009 en direction des jeunes, ECPM cherche à mettre en place une collaboration de qualité avec les professionnels de l’Éducation nationale. « Ce sont des partenaires essentiels, indique Marianne Rossi, chargée des actions d’éducation à ECPM. Au fil des ans, on se rend compte qu’après une intervention ponctuelle, les enseignants font facilement rappel à nous soit pour prolonger le travail auprès d’une même classe soit pour intervenir dans d’autres classes. Il y a une réelle fidélisation des enseignants. »

Il faut dire qu’ECPM a mis les moyens. « Nous avons créé, explique Marianne Rossi, des modules de cours adaptés aux programmes de l’Éducation nationale qui servent de support pour les enseignants qui souhaitent s’investir sur la question de la peine de mort selon leur discipline. Cela peut être en français, en histoire, en éducation civique ou encore en art plastique. » Sarah Rosner confirme : « Ce sont des outils très précieux. Pour les enseignants qui découvrent la problématique, ils offrent une excellente entrée. » Mieux encore, tous les modules de cours sont désormais réunis dans un même recueil qu’ECPM distribue à tous les enseignants partenaires.

Il n’empêche, ce n’est pas toujours facile d’intéresser des collègiens à la réalité morbide de la peine de mort. « Au début, ils se sentent éloignés de cette question, reconnaît Sarah Rosner. Ce n’est pas un sujet qui les concerne directement dans leur quotidien. Mais dès qu’on leur parle de la peine de mort en Afrique ou sur d’autres continents, cela les fait réagir car beaucoup de mes élèves sont issus de l’immigration et restent très attachés aux pays de leurs parents. »

Mais, sont-ils suffisament mûrs pour comprendre les enjeux de la peine de mort ? « Je pense qu’ils ont l’âge idéal car ils sont dans une phase d’apprentissage de la réflexion, analyse Sarah Rosner. Ils commencent à être capables de raisonner par eux-mêmes tout en restant ouverts aux idées extérieures. »

Dans cette dynamique de coopération avec le corps enseignant, ECPM veut aller plus loin. « Nous souhaitons créer un comité d’enseignants bénévoles qui serait chargé d’élaborer des outils pédagogiques plus innovants et performants afin de mieux intégrer la problématique de la peine de mort dans les différents enseignements dispensés. » L’appel aux volontaires est lancé !

Camille Sarret

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