Après Madrid en 2013, le prochain Congrès mondial contre la peine de mort se tiendra à Oslo du 21 au 23 juin 2016. Pour le coordonner tant au niveau européen qu’international, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) a fait appel à l’abolitionniste italien Antonio Stango, co-fondateur de l’ONG Hands off Cain et expert renommé en droits de l’homme. Interview.

Comment avez-vous été amené à travailler sur la peine de mort ?

J’y suis entré par le biais des droits de l’homme. Quand j’étais étudiant en Sciences Politiques, je m’intéressais déjà à la problématique. Plus tard, j’ai travaillé avec plusieurs ONG, fondé le Comité Helsinki Italien pour les droits de l'homme et dirigé pendant trois ans un projet en Asie centrale… Je suis également membre de la Ligue italienne de droits de l'homme. Consultant indépendant pour le Parlement italien, puis européen, j’ai participé à la rédaction de rapports de terrain. J’ai travaillé dans des pays en situation de crise grave, en conflit armé ou en post-conflit. Cette expérience m’a permis de développer une approche non seulement théorique, mais aussi pratique de la question des droits de l’homme.

Co-fondateur de l’ONG italienne Hands off Cain, vous êtes acteur dans le mouvement abolitionniste de longue date !

Oui, j’ai été co-fondateur puis membre du Conseil d’administration de Hands off Cain, une alliance créée en 1993 entre parlementaires et citoyens pour obtenir l’abolition universelle. Tous les ans depuis 1997, nous publions un rapport sur l’état des lieux de la peine de mort dans le monde. Dans le cadre de la campagne mondiale pour l'abolition, nous agissons pour l’adoption du moratoire des Nations unies sur les exécutions par le plus grand nombre d’Etats.

Dans certains pays où les opinions publiques ne sont pas encore prêtes pour l’abolition, il est nécessaire d’ouvrir le débat et de procéder par étape en proposant d’abord un moratoire sur les exécutions avant d’obtenir l’abolition de la peine de mort dans la loi. L’année prochaine, une nouvelle résolution pour le moratoire sera présentée aux Nations unies et je pense qu’elle sera adoptée par un nombre de pays encore plus important qu’il y a deux ans.

Comment avez-vous connu Ensemble contre la peine de mort (ECPM) ?

En 2001, ECPM a eu l’excellente idée de créer et d’organiser les Congrès mondiaux contre la peine de mort. Il est impossible pour toute personne impliquée dans le mouvement abolitionniste de ne pas connaître ECPM. Mes premiers contacts directs avec l’association datent du Congrès mondial de 2007 qui s’était tenu à Paris. J’ai aussi participé au Congrès de Genève en 2010.

Pourquoi avez-vous accepté la délicate et très ambitieuse mission de coordonner le 6e Congrès ?

Le Congrès mondial est un outil très efficace dans la stratégie générale en faveur de l’abolition de la peine de mort. C’est une opportunité unique pour les abolitionnistes de réfléchir ensemble aux pistes à développer et d’inciter les représentants des gouvernements à prendre des engagements en faveur de l’abolition. Etre au cœur de l’organisation d’un tel événement est un défi important pour moi, un énorme engagement et j’en suis très enthousiaste. Nous attendons plus de 1500 participants à Oslo.

Avec un contexte marqué par la montée du terrorisme international qui pousse certains Etats à renforcer la peine de mort dans leur législation, le 6e Congrès s’annonce-t-il particulièrement difficile ?

Tous les congrès sont difficiles car il s’agit d’obtenir des engagements concrets. Le terrorisme international est un sujet très grave dont il faut absolument débattre. Mais ce n’est pas la peine de mort qui va décourager les terroristes. Au contraire, l’application de la peine de mort fait augmenter le taux de violence. Cela peut même encourager les terroristes qui n’ont rien à perdre avec la peine capitale car ils ont fait de la mort l’horizon ultime de leur action. Il faut affirmer plus fort et plus haut la justice contre la vengeance, la rationalité du droit contre la pulsion de l’irrationalité.

Dans ce contexte, la Norvège fait office d’exemple. Le barreau d’Oslo nous l’a encore confirmé : personne n’a réclamé le retour de la peine de mort après les attentats terroristes qui ont frappé le pays en 2011. Les Norvégiens savent que la peine capitale n’est pas la réponse adéquate pour lutter contre le terrorisme. Tout cela, d’ailleurs, a déjà été démontré par Cesare Beccaria dans son essai Des délits et des peines publié en 1764.

Quelles avancées le Congrès mondial d’Oslo peut-il gagner contre la peine de mort ?

En amont du Congrès, il faut déjà gagner des soutiens diplomatiques et l’appui des médias afin de faciliter le dialogue avec les représentants politiques dans les pays où la situation de la peine de mort est particulièrement grave, dans le but d’obtenir au Congrès des déclarations d’un haut niveau politique.

Ce serait magnifique d’avoir des représentants d’Etats annonçant l’abolition dans leur pays ou des progrès significatifs, tels que la réduction drastique des chefs d’accusation passibles de peine de mort ou l’abrogation de la peine de mort obligatoire pour certains crimes. Certains pays sont sur le bon chemin. Des processus encourageants existent notamment en Afrique subsaharienne.

Comment le Congrès va-t-il s’organiser ?

Le Congrès s’organisera autour de séances plénières avec la participation de certains représentants officiels, de tables-rondes thématiques et des ateliers plus participatifs. Le programme prévoit aussi des side events proposés par des associations membres de la Coalition mondiale contre la peine de mort, par des barreaux ou par d’autres réseaux abolitionnistes.

Le Congrès se déroulera essentiellement à l’Opéra d’Oslo, à l’exception de la cérémonie de clôture qui se tiendra dans le même salon de l’Hôtel de ville que la remise du prix Nobel de la paix. Enfin, il y aura une marche finale à travers les rues principales du centre de la capitale norvégienne. Nous comptons sur une participation très importante et active de personnes de tous les continents.

Propos recueillis par Camille Sarret