Curtis McCarty, originaire de l’État de l’Oklahoma, est un homme discret et passionné par la photographie. Si Curtis parle peu, il a pourtant beaucoup à dire puisqu’il est l’un des survivants malheureux de la machine à tuer américaine.

En décembre 1982, Pamela Kaye Willis, 18 ans, fille d’un policier, est retrouvée assassinée après avoir été violée dans sa maison d’Oklahoma City. Tous les jeunes hommes qui l’avaient rencontré, dont Curtis qui n’est alors pas considéré comme « suspect », ont été interrogés. Ils ont tous accepté un prélèvement de salive, de cheveux et de sang et à ce stade, ils ont tous été exclus par les tests ADN. Suite à des rumeurs, la police pense que Curtis connaît le nom de l’assassin, l’arrête et lui indique clairement que s’il ne dénonce pas le coupable, il paiera pour lui. Il sera arrêté en 1985. Son profil et son style de vie, considéré comme marginal, font de lui une cible facile. Lors de son procès, l’experte de la police scientifique, Joyce Gildchrist qui avait réalisé les tests sur les scellés, falsifie un rapport officiel du FBI et fait un faux témoignage lors de son procès en vue de prouver sa culpabilité, en accord avec le procureur.

En mars 1986, Curtis McCarty, accusé de viol et d’assassinat, est condamné à mort sur la foi du seul témoignage de l’experte, Joyce Gildchrist, qui a attesté que les cheveux et le sperme retrouvés sur la scène de crime lui appartenaient bien. Par la suite, le verdict macabre est confirmé en appel, en considération du témoignage du même expert et un deuxième et troisième procès le mènent à une nouvelle condamnation à mort.

En 2000, alors que Curtis avait déjà passé 14 ans dans les couloirs de la mort, l’experte de la police scientifique qui avait témoigné à son procès, a été licenciée pour avoir falsifié des scellés et fait de faux témoignages dans plusieurs affaires différentes. Cette même année, les avocats de Curtis avaient souhaité réaliser de nouveaux tests ADN. Or, l’experte a déclaré à ce moment là que les échantillons de cheveux avaient dû être perdus ou détruits. Ces manquements, constatés dans de nombreuses affaires et notamment celle de Curtis, ont entraîné le licenciement de cette experte mais pas de condamnation et encore moins un dédommagement pour Curtis.

Il faudra attendre 2003 pour que l’Innocence Project puisse enfin agir sur le cas de Curtis et prouve, en s’appuyant sur une empreinte de pied ensanglantée qui avait été trouvée sur la cuisse de la victime pour être finalement retrouvée dans un carton du bureau du Procureur, l’innocence de Curtis McCarty. Ce dernier ne sera libéré qu’en mai 2007, après avoir passé 18 ans dans les couloirs de la mort, quatre années en prison et assisté avec impuissance à l’exécution de nombreux compagnons de cellule. A sa sortie, Curtis a déclaré qu’il « n’y avait rien à célébrer » dans la mesure où le véritable meurtrier de son amie ne pourra jamais être jugé s’il était retrouvé grâce à son empreinte ADN, endommagée par les différentes manipulations.

Aujourd’hui, la juridiction fédérale d’Oklahoma refuse d’indemniser Curtis pour avoir été condamné à tort et enfermé pendant 22 ans, dont 18 dans les couloirs de la mort, et de blanchir son casier judiciaire. Malgré cela, dans une volonté d’empêcher qu’une telle horreur ne se reproduise, Curtis témoigne inlassablement de son parcours, dans le cadre d’interventions dans les écoles aux États-Unis et en France. Il a participé au film HONK, réalisé par Arnaud Gaillard et Florent Vassault, en partenariat avec Ensemble contre la peine de mort – ECPM, diffusé dans le cadre des événements de célébration des trente ans de l'abolition de la peine de mort en France.

Marianne Rossi