Trente ans après l'abolition de la peine de mort en France, le combat se poursuit auprès, notamment, des jeunes générations qui n'ont pas connu la guillotine mais verront peut-être aboutir l'abolition universelle. D'où le besoin de sensibiliser toujours plus par la voix du théâtre et des témoignages.

La peine de mort est abolie en France depuis 30 ans, mais à quel prix ?
ECPM a donné rendez-vous, en octobre dernier, aux jeunes du Lycée Autogéré de Paris qui a ouvert ses portes le temps d'une soirée. C'est tout l'enjeu du projet "Eduquer aux droits de l'homme et à l'abolition de la peine de mort" auquel s'est associée la Fabrick, compagnie de théâtre étudiante dont le talent de ses bénévoles permet de relayer et sensibiliser au travers des lectures-spectacles.
"Demain vous voterez l'abolition de la peine de mort" : avec ces mots de Robert Badinter, prononcés à jamais au perchoir de l'Assemblée nationale, le 17 septembre 1981, s’est peu à peu installé le silence dans les gradins. La mise en scène, volontairement sobre, a choisi d'éclairer le visage de ceux qui, pendant plus de deux siècles, se sont battus pour que s'élève la voix de l'abolition en France. Un a un, ses artisans et fervents défenseurs, de Victor Hugo à Jean Jaurès, défilent et brandissent les pages qui, abandonnées, finissent par joncher le sol de ces milliers de mots qui font l'histoire de l'abolition… pour s'achever sur une ronde, d'une seule et même voix.
Il faut les applaudissements de la salle et la lumière sur les visages pour revenir à la réalité. Il faut ensuite le regard de Curtis McCarthy pour réaliser que la peine capitale sévit toujours dans 59 pays, dont les Etats-Unis qui l'ont condamné à mort avant de l'innocenter en 2007. C'est cette indicible douleur que Curtis McCarthy accepte de partager avec pudeur, ses 21 interminables années dans le couloir de la mort, cette vie à laquelle il tente de survivre aux côtés de ceux qui deviennent ses amis et qui, tous, seront exécutés. Les longs silences qui rythment son témoignage en disent long sur l'injustice, l'accablement et une souffrance encore vivace qu'il écrase discrètement au coin de l'oeil. A la question : "Avez-vous aujourd'hui des rêves ?", Curtis Mc Carthy répond humblement :"Je me lève chaque matin avec la seule ambition d'aller au bout de la journée". Il est près de 23 h quand s'achève ce vendredi-là, empreint de gravité et d'une émotion nouvelle, celle d'avoir un peu plus ressenti, appris et compris… sur soi, aussi.

Laurence Denis