Depuis 2001, le Congrès mondial contre la peine de mort organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM) en partenariat avec la Coalition mondiale contre la peine de mort, s’est imposé comme le rendez-vous incontournable des abolitionnistes.

Après Strasbourg en 2001, Montréal en 2004, Paris en 2007 et Genève en 2010 (photo), le 5e Congrès mondial se tiendra à Madrid, à l’invitation du Gouvernement espagnol, et sous le parrainage des Gouvernements norvégien, suisse et français. Il est aussi soutenu financièrement par l’Union européenne, l’Organisation internationale de la Francophonie, les Gouvernements allemand, suédois, australien et luxembourgeois, le barreau de Paris-fonds de solidarité, la région Ile-de-France.

A l’approche de cette nouvelle édition, un historique des Congrès mondiaux précédents permet de mesurer le chemin parcouru.

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2010 : Genève, l’heure de la reconnaissance internationale

Tous les signaux affichés au 4e Congrès mondial démontrent que le mouvement abolitionniste et son grand événement triannuel ont acquis une légitimité certaine auprès de la communauté internationale.

Le Congrès a lieu en février 2010 à Genève à l’invitation du Gouvernement suisse, qui soutient son organisation avec détermination.

« Le choix de Genève – capitale des droits humains – pour la tenue de ce Congrès ne célèbre pas seulement l’importance des débats qui y prennent place, mais honore également ce que nous appelons l’esprit de Genève, » écrit Micheline Calmy-Rey, cheffe du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse dans le document de bienvenue distribué aux congressistes.

La ville accueille en effet les principales institutions onusiennes de défenses des droits de l’homme. Depuis fin 2007, l’Assemblée générale des Nations unies a voté à plusieurs reprises en faveur d’un moratoire universel sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort.

« A l’heure actuelle plus des deux tiers des pays membres de l’ONU ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique, l’Espagne et les Espagnols, nous sommes entièrement engagés dans cette lutte contre la peine de mort, » déclare le président du Gouvernement espagnol, José-Luis Zapatero, qui préside également l’Union européenne, lors de la cérémonie d’ouverture.

Il est entouré de ministres suisses et étrangers, de représentants d’ECPM et de la Coalition mondiale contre la peine de mort et de dirigeants d’organisations internationales tels que le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf.

La déclaration de Zapatero est suivie d’actes concrets : Madrid crée une Commission internationale contre la peine de mort, composée de hautes personnalités du monde entier pour porter le message abolitionniste dans les grands rendez-vous diplomatiques. à la fin du Congrès de Genève, l’Espagne invite officiellement les participants à se retrouver à Madrid en 2013.

L’émotion des victimes

La coopération entre organisations internationales, États et militants figure en bonne place dans le programme des débats qui s’engagent au Centre international des conférences de Genève.

Le programme permet également de poursuivre les réflexions engagées lors des éditions précédentes sur les stratégies à adopter pour soutenir l’abolition dans les principales régions rétentionnistes et les arguments clés tels que la discrimination dans l’application de la peine de mort.

Des ateliers très pratiques font également leur apparition, en présence d’experts pointus dans leur domaine : utilisation des moyens de campagne numérique, du dessin de presse, d’outils pédagogiques dans les écoles et les universités…

De nouvelles voix se joignent dans le mouvement abolitionniste, notamment celles de policiers et de procureurs convaincus que la peine capitale ne les aide pas à combattre le crime.

Mais surtout, les victimes – de crimes comme de la peine de mort – occupent le devant de la scène, accompagnées à plusieurs occasions d’artistes engagés venus partager leur émotion. Les congressistes accèdent ainsi aux conférences en passant devant les portraits de proches de condamnés à mort réalisés par la photographe Caroline Planque.

Lors d’une grande soirée au Bâtiment des Forces Motrices, plusieurs membres de l’association américaine Murder Victims’ Families for Human Rights prennent la parole afin d’expliquer que le meurtre d’un proche ne pourra jamais être effacé par la mise à mort d’une deuxième personne – au contraire, ils dénoncent le cycle de violence que perpétue la peine de mort.

La salle retient son souffle lorsque le célèbre condamné américain Mumia Abu Jamal, intervient en direct par téléphone depuis le couloir de la mort. Sa condamnation sera transformée en peine de prison quelques années plus tard, après une mobilisation internationale sans précédent.

Entre chaque témoignage, la voix de la chanteuse Emily Loizeau est marquée par la force de ce qu’elle vient d’entendre. « Je ne cesse d’être choquée qu’une telle barbarie puisse encore exister dans des pays civilisés comme les nôtres », déclare-t-elle.

Thomas Hubert