Peine de mort et drogue, c’est le sujet majeur qui sera soulevé au Congrès régional organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et le réseau asiatique anti-peine de mort (ADPAN) dans la capitale malaisienne les 11 et 12 juin, en partenariat avec le barreau des avocats de Malaisie et la Commission malaisienne des droits de l’homme. Un sujet relativement méconnu et pourtant clé dans la lutte pour l’abolition en Asie du Sud-Est.

33 Etats et territoires prévoient dans leur législation la peine de mort pour trafic de drogue, mais très peu l’appliquent réellement. « Seuls 5 à 6 Etats exécutent de manière massive ou régulière pour trafic de drogues, dont l’Iran, l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam qui constituent le noyau dur », détaille Rick Lines, le directeur de l’Association internationale pour la réduction des souffrances liées aux drogues (Harm Reduction International – HRI). Il s’agit donc d’une minorité mais d’une minorité active, responsable d’au moins « 1000 exécutions pour trafic de drogue chaque année », précise le spécialiste. Une minorité également fluctuante.

Un choix politique

« Tout peut basculer en une nuit, souligne Rick Lines. Avec l’arrivée d’un gouvernement ou le vote d’une nouvelle orientation politique, un Etat, s’il dispose de la législation nécessaire, peut faire baisser ou augmenter les exécutions pour trafic de drogues. » L’Indonésie en est la preuve récente. « Alors qu’elle n’exécutait quasiment plus depuis des années, rappelle le directeur de HRI, l’Indonésie a relancé la peine de mort au nom de la lutte contre la drogue en septembre dernier et l’applique désormais massivement avec 14 exécutions à son actif depuis le début de l’année. » En revanche, la Malaisie et Singapour ont suivi le parcours inverse. « Constatant que ces deux pays d’Asie avaient largement réduit le nombre d’exécutions depuis 2007, nous les avons retirés de la catégorie des Etats qui appliquent massivement ou régulièrement la peine de mort pour trafic de drogues », explique Rick Lines. « C’est un choix politique et rien d’autre », souligne le spécialiste.

C’est dans les années 80 et 90 que des législations nationales ont fait du trafic de drogues un chef d’inculpation justifiant la peine de mort. « Contrairement à ce que prétendent les Etats, ce n’est absolument pas une pratique culturelle ou une tradition dans leur système judiciaire, clarifie l’expert. Quand on explore le sujet, on se rend compte que la pratique, exception faite de l’Iran et de l’Arabie saoudite, est apparue au moment de la rédaction de la 3e Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes. » Un texte à forte portée symbolique qui a ouvert les vannes. Pourquoi ? « Parce que c’est une approche très moralisante qui a été à l’époque privilégiée, la drogue étant le mal absolu qu’il fallait combattre à tout prix. Il est aujourd’hui temps d’en parler de manière rationnelle, plus dans une perspective de santé publique que sous l’angle de la répression et de la criminalisation. » Une volonté partagée par ECPM et ADPAN qui veulent ouvrir un débat dépassionné sur la question. Aussi, les intervenants suivants sont invités à en parler dès la première table ronde du Congrès : Rick Gunawan de l’Institut Community Legal Aid ; Franklin Zimring, professeur de droit à Berkley ; Adeeba Kamarul Zaman, doyen de la faculté de médecine de Malaya ; M Ravi, avocat droits humains à Singapour ; sans oublier Rick Lines.

Et aussi… projections et expositions

Les enjeux de la peine de mort et de son abolition seront également explorés par la voie artistique au cours des deux jours du congrès. Au programme, deux expositions : « Dessine-moi l’abolition », qui présente les dessins réalisés par des collégiens et lycéens francophones dans le cadre d’un concours international mené par ECPM et l’ONG Posters for Tomorrow, et « Peintures de prison » par l’artiste et gardien de prison taïwanais Ewam Lin . Par l’entremise du Goethe Institute de Malaisie et de l’association locale Komast, le cinéma sera aussi au rendez-vous avec la projection du documentaire La seconde exécution de Romell Broom, cet Américain condamné à mort qui a survécu à l’injection mortelle mais au prix d’atroces douleurs. « En proposant ce programme culturel, on espère toucher un public plus large et l’inviter à s’interroger davantage sur la peine de mort », explique Timothée de Maillard, coordinateur du Congrès à ECPM. C’est aussi une manière d’encourager de nouvelles collaborations entre militants et artistes pour parler autrement de la peine de mort en Asie du Sud-Est. »

Par Camille Sarret.
Téléchager en anglais le programme prévisonnel du Congrès régional