Le 30 janvier dernier, les chaînes aux pieds des quelques 590 prisonniers condamnés à mort en Thaïlande ont été retirées sur ordre du nouveau chef du département correctionnel. Cette nouvelle a été confirmée par le ministère de la justice.

Le gouvernement Thai s'est engagé dans son second programme national des droits de l’homme (2009 à 2013) à abolir la peine de mort, et à la remplacer par une peine d'emprisonnement à vie. Mais la référence à la «réclusion à perpétuité» soulevait l’inquiétude des associations investies dans la campagne pour l’abolition qui se sont attelées à mettre l'accent sur les conditions de détention des condamnés à mort et des condamnés à de longues peines, en particulier sur la question des entraves permanentes qui peuvent peser jusqu’à 20 kilos selon la sentence. C’est donc une première victoire pour ces militants.

Bref descriptif des conditions de vie dans les couloirs de la mort en Thaïlande :

Les violations majeures des droits de l’homme dans ces lieux sont frappantes : la surpopulation carcérale, les chaînes qui étaient jusque là imposées aux condamnés à mort 24h/24, la violence du personnel pénitencier sur les détenus. Des prisonniers se plaignent de recevoir des coups de matraque, d’autres sont tabassés à mort. Pour traquer les objets illégaux qui rentrent dans les prisons, des raids violents sont régulièrement organisés de nuit. Les témoignages font état de violences graves contre les prisonniers soupçonnés de détenir des objets suspects retrouvés dans leurs affaires (fils électrique, batterie de téléphone).
Ces constats, graves, sont en opposition avec les règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus et les règles de Bangkok (règles des Nations unies concernant le traitement des femmes détenues et les mesures non privatives de liberté pour les femmes délinquantes), textes garants des droits des prisonniers en Thaïlande.

Lors de sa visite à BangKwang, prison de haute sécurité de Bangkok, Véronique Vasseur , ancien médecin chef à la santé et ancienne présidente de l’Observatoire international des prisons (OIP), avait déclaré : « Ici, les conditions sont inhumaines […] A l’intérieur, j’avais l’impression d’être dans un camp de concentration mais en voyant ces plantes dehors, j’étais presque prête à penser que BangKwang n’était pas si mal. » Elle résume bien là tout le paradoxe des prisons thaïes. A première vue, le système pénitencier paraît bien rodé : très peu d’évasion, du travail pour les prisonniers, un investissement important pour la sécurité, etc. Mais ceci n’est que la partie immergée de l’iceberg.

La réalité est un peu moins lisse. La corruption est omniprésente, orchestrée par les prisonniers et les surveillants. Tout se monnaye. Ceux qui en font les frais sont les prisonniers sans argent. Contraints de survivre avec le peu qu’on leur donne, ils ne peuvent améliorer leur quotidien, qui peut alors prendre des allures d’enfer. Pour les prisonniers plus riches, tout est possible. Depuis l’intérieur, ils peuvent continuer, ou commencer, leurs activités de trafic en tout genre : stupéfiants, téléphones… S’en suit alors une mafia au sein même des établissements, régissant le quotidien des autres détenus : accès aux téléphones, protection, soins médicaux, etc. ; et donnant lieu à des événements d’une violence extrême, sous la surveillance des officiers. Des prisonniers meurent chaque année de coups et blessures. Bien évidemment, ces informations sont gardées secrètes par le département correctionnel.

Les conditions de détention varient selon les centres pénitenciers mais dépendent également des bâtiments au sein d’une même prison. Personne ne sait vraiment ce qui se passe dans ces lieux hermétiquement fermés au monde extérieur. Néanmoins les défenseurs des droits humains dénoncent depuis longtemps le traitement spécial que subissent les condamnées à mort.

Une journée à BangKwang :

Jusque là chainés en permanence, ils sont régulièrement placés en isolement prolongé, confinés dans des cellules de 1 m 50 sur 2 dont la température peut facilement atteindre 50°C en période de chaleur. Les détenus en isolement n’ont pas accès aux soins médicaux. En temps normal, ils sont une vingtaine à se partager une cellule de 4m sur 7,5m. Les condamnés à mort ne sont pas autorisés à rencontrer les autres détenus. Leur routine est orchestrée de manière à ce que cela ne puisse pas se produire :

7h30 : Ouverture des cellules et petit déjeuner (soupe, sans boisson chaude)
12h30 : Déjeuner (3 ou 4 variantes, toujours composés de poulet, riz épicé avec légumes de saison : chou, potiron, et d’eau chaude épicée avec quelques morceaux de poissons remplis d’arêtes).
14h30 : Retour dans les cellules et fermeture pour la nuit.

Chaque cellule est équipée de toilettes communes, séparées du dortoir par un simple rideau. Il s’agit d’un trou dans le sol, sans ventilation. Les condamnés ne sont pas autorisés à travailler, étudier ou faire de l’exercice. Ils ont droit à deux visites par semaine, le mardi et le jeudi, pendant 45 minutes, entre 13h et 13h45.

Le gouvernement thaïlandais nie les constats qui sont faits et qui lui sont présentés. Pour se défendre, quelques prisons exemplaires ont été conçues dans le pays. Des bâtiments neufs, un système de sécurité de haute technologie, des prestations de services aux détenus : nourriture, vêtements, éducation, formation professionnelle, infrastructures de loisirs et de soins médicaux, dont les images sont visibles partout et qui constituent la réponse récurrente du gouvernement aux pressions exercées par les ONG de défense des droits de l’homme.

Solène Paloma

Stagiaire au sein de Union for Civil Liberty, association Thaie,
membre de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH)
Rapport 2012 sur les conditions de détention en Thaïlande