Ensemble contre la peine de mort (ECPM) s’est dotée d’une charte pour affirmer ses valeurs et missions. Explications avec le directeur d’ECPM, Raphaël Chenuil-Hazan.

Pourquoi, après plus de 10 ans d’existence, ECPM s’est attelée à la rédaction d’une charte ?

En réfléchissant à la stratégie que devait adopter ECPM, nous nous sommes interrogés sur qui nous étions et comment nous voulions travailler. Nous avons alors fait le constat qu’il manquait une charte pour guider nos actions. Les statuts de l’association qui donnent des éléments basiques sur nos objectifs ne nous semblaient plus suffisants. En 14 ans d’existence, on a beaucoup avancé. On a élargi nos champs d’interventions, multiplié les cibles et les partenariats. Il nous semblait alors nécessaire de redéfinir nos fondamentaux. C’est à l’occasion d’un séminaire annuel que l’équipe salariale, le bureau et le conseil d’administration ont décidé de créer un comité chargé de rédiger la première charte d’ECPM.

Quelles sont les missions et les valeurs définies dans la charte ?

La charte permet de clarifier ce qui constitue la raison d’être d’ECPM : la mise en réseau. Comme notre nom l’indique, « être ensemble » constitue le cœur de notre existence. Il est également rappelé qu’ECPM est l’association fondatrice de la Coalition mondiale et des Congrès mondiaux contre la peine de mort dans le monde. La charte met aussi en perspective nos espoirs de militants. D’où l’affirmation claire et nette de l’inutilité de la peine capitale. De là proviennent aussi nos valeurs fondatrices : « humain », « justice », « engagement », « audace ».

Parmi les valeurs revendiquées par ECPM, l’audace est celle qui détonne le plus. Faut-il de l’audace pour lutter contre la peine de mort ?

Tout à fait. L’audace est ce qui nous caractérise depuis notre création en 2000 et ce que nous voulons garder tout en continuant à nous professionnaliser. Professionnalisation ne doit pas dire rigidité, pesanteur, lenteur. Conserver notre capacité à réagir, innover et oser nous semble indispensable pour notre avenir. Nous avons été jusqu’à présent des précurseurs et nous devons le rester.
Avant qu’ECPM n’ose lancer le premier Congrès mondial contre la peine de mort, personne ne pensait que ça pouvait marcher. Avant même qu’ECPM ne soit créée, aucune structure n’avait osé se consacrer entièrement à l’abolition universelle de la peine capitale. C’est ECPM qui a osé créer un rendez-vous mondial ouvert à tous les abolitionnistes. Des plus grandes organisations, telles qu’Amnesty International, aux plus petites structures qui militent le plus souvent dans des contextes extrêmement difficiles.
C’est aussi ECPM qui a osé dénoncer en 2008 l’exposition indécente “Our Body” qui donnait à voir des cadavres asiatiques découpés et éviscérés qui semblaient être ceux de condamnés à mort chinois. On a tiré un fil et remonté toute l’affaire jusqu’à faire condamner en justice les organisateurs. Nous avons gagné le procès et le verdict a même fait jurisprudence.
Aujourd’hui, l’audace d’ECPM, c’est de créer des ponts avec les parlementaires dans le monde arabe. C’est de travailler en réel partenariat avec les diplomates, notamment dans le cadre du « Core Group », un groupe de pays abolitionnistes qui soutiennent les Congrès mondiaux et la nécessaire mobilisation politique qui accompagne ces rendez-vous.

Comment la charte sera-t-elle utilisée ?

La charte a été conçue comme un texte de référence pour tous ceux qui s’investissent au sein d’ECPM ou avec ECPM. A l’interne, la charte doit servir de cadre d’actions pour les salariés, les élus et bénévoles. A l’externe, avec nos partenaires, elle doit servir de socle commun. C’est un outil qui doit permettre de se reconnaitre et d’engager un travail de confiance. Il est certain que le texte sera repris dans les prochaines conventions de partenariat que nous signerons. Cela permet de mettre noir sur blanc ce qui nous rassemble !

La charte s’ouvre par une citation d’Albert Camus : pourquoi une telle référence ?

Albert Camus représente un engagement sincère et total contre la peine de la peine de mort. C’est l’engagement de toute une vie et de toute son œuvre. Toute sa littérature est imprégnée de culture abolitionniste. On aurait pu faire le choix de Victor Hugo tout aussi pertinent et fort. Mais Albert Camus, écrivain du XXe siècle honoré du prix Nobel, porte une dimension encore plus universelle et contemporaine.

Propos recueillis par Camille Sarret
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charte d'ECPM (pdf)