Quelle est aujourd’hui la situation juridique de Mumia ?
Le 7 décembre 2005, la cour d’appel fédérale du 3ème Circuit de Philadelphie, a rendu un jugement décisif dans le dossier Mumia : c’est la décision la plus importante depuis son arrestation il y a un quart de siècle et qui pourrait conduire à un nouveau procès et donc à la libération de Mumia. La Cour a accepté de prendre en compte les arguments relevant de la loi fédérale sur l’habeas corpus et autres points que nous avons présentés dans nos recours successifs. Ce sont tous des arguments constitutionnels fondamentaux : le droit à un procès équitable, à l’application des droits constitutionnels garantis par le 5ème, 6ème et 14ème amendements à la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Je vous les donne en détails : clause 14 - l’accusation a-t-elle respecté les droits constitutionnels de l’accusé dans les conclusions présentées à la Cour ? Clause 16 : le rejet par le Commonwealth des jurés sélectionnés pour le procès (
peremptory challenges ) a-t-il été abusif et en violation des droits de l’accusé? Et enfin la clause 29 : les droits constitutionnels de l’accusé ont-ils été bafoués lors des appels consécutifs au mandat d’exécution, compte-tenu du racisme qui a entaché la procédure ?
Quels faits visent précisément ces clauses ?
La clause 14 concerne les conclusions du juge qui avait stipulé que le condamné Mumia Abu-Jamal aurait droit à des procédures «d’appels à répétition». Ceci a réduit l’intégrité de la décision des jurés et rendu caduque la clause de «présomption d’innocence et de doute raisonnable» qui s’applique à toute sentence de mort. La clause 16, elle, concerne l’utilisation abusive par le juge de son droit à récuser massivement les jurés, en particulier les Afro-Américains. Des critères racistes ont entaché toutes les procédures juridiques depuis l’arrestation de Mumia en 1981 et perdurent encore aujourd’hui. Quant à la clause 29, elle vise le comportement raciste du juge présidant le procès, le juge Sabo. Ce comportement a été stigmatisé récemment par une greffière courageuse qui a surpris les propos du juge Sabo pendant une suspension de séance : «je vais les aider à faire griller ce nègre» a-t-il dit.
Y a-t-il une chance de sauver Mumia de la peine de mort ?
Robert Bryan : Je voudrais d’abord dire que si la campagne pour la révision de son procès est longue, il est important de rappeler que lui a passé tout ce temps enfermé dans une petite cellule des couloirs de la mort. Avec le dernier jugement du 3ème Circuit, Mumia a de nouveau le moral. Il est plus optimiste. Nous sommes désormais dans la phase finale. Nous espérons qu’il y aura un nouveau procès, que Mumia sera libéré et qu’il retrouvera enfin sa famille. L’autre possibilité est qu’il restera des mois dans l’antichambre de la mort avant son exécution.
Comment expliquer l’acharnement politico-judiciaire dont est victime Mumia ?
Robert Bryan : Mumia a été condamné parce qu’il est noir et que c’est un journaliste charismatique. Engagé aux côtés des pauvres, ils dénonçait les abus, la corruption, le système carcéral comme, aujourd’hui, la guerre en Irak. Il poursuit ses engagements en produisant toutes les semaines une chronique téléphonique diffusée sur les ondes de plusieurs Etats et publiée dans divers journaux.
« La voix des sans-voix » continue donc de déranger ?
Robert Bryan : Oui. La seule façon de le faire taire est de le tuer. C’est le souhait de l’Etat et du gouvernement, qui veulent l’exécuter dans le cadre de la loi. Mumia est un prisonnier politique. Depuis les Rosenberg, il n’y a pas d’autre cas aussi politique aux Etats-Unis. Il est le symbole de tous les condamnés à mort qui ne peuvent pas s’exprimer, le symbole de la lutte contre le racisme, contre la peine de mort et pour la cause politique.
La décision de la Cour suprême d’abolir la peine de mort pour les mineurs et les handicapés mentaux permet-elle d’envisager son abolition pour tous les condamnés ?
Robert Bryan : Cette décision peut contribuer à remettre en question la peine de mort. S’il est vrai que la plupart des Américains moyens soutiennent toujours la peine de mort, selon la conviction que «c’est la loi de Jésus», des personnes s’interrogent notamment après la révélation de cas de condamnés à mort exécutés dont l’innocence a été prouvée depuis. Désormais, la peine de mort n’est plus une question occultée. Elle est devenue un débat public.
Comment peut-on aider Mumia aujourd’hui?
En aidant au financement de sa défense. Sans argent, il y a vraiment très peu d’espoir d’en réchapper lorsqu’on est condamné à mort aux États-Unis. Le coût moyen de la défense de ceux qui ont échappé à l’exécution atteint 3 millions d’euros. Aujourd’hui, défendre Mumia coûte 10 000 euros par mois. Plus d’un million d’euros ont déjà été engagés. Pour cette dernière ligne droite et donner toutes les chances à Mumia, il nous faut 100 000 euros.
Entretien par Cathy Ceïbe (L’Humanité)