Pérou: le président veut renouer avec la peine de mort

27-11-2006

Au Pérou, plus de 600 organisations se sont mobilisées contre la volonté du président Alan Garcia de rétablir la peine de mort. Trois questions à Ismael Vega Diaz, directeur de la section péruvienne d’Amnesty International, qui coordonne le mouvement.

ECPM: Comment expliquez-vous la proposition du président péruvien de rétablir la peine de mort pour les terroristes et les violeurs d’enfants?
Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. Il est évident que c’est une proposition qui vise à maintenir la popularité du gouvernement à travers des annonces populistes, qui connectent directement le président avec la partie la plus démunie et la plus sensible de la population. Cela lui garantissait le soutien d’une partie de l’électorat dont il avait besoin pour les élections municipales et régionales du 19 novembre dernier. Mais il est également possible que le rétablissement de la peine de mort serve “d’écran de fumée” pour détourner l’attention de la société, et détourner les efforts des organisations des droits de l’Homme d’autres thèmes. Le président gagne ainsi du temps, et peut avancer notamment sur la défense des militaires impliqués dans des violations des droits de l’Homme, sur les négociations avec les Etats-Unis, etc… La troisième raison, qui pourrait être à l’origine de l’annonce d’Alan Garcia, serait qu’il voudrait créer et, dès aujourd’hui, mettre à l’épreuve un scénario dans lequel il dénoncerait les traités internationaux comme la Convention Américaine des droits de l’Homme. Il faut savoir que tout comme le vice président Giampetri, Alan Garcia est impliqué dans la “Matanza de los penales” .

ECPM: Comment a réagi la société péruvienne à la proposition de rétablir la peine de mort?
Dans sa grande majorité, la population se prononce pour l’application de la peine de mort. Cette réaction exprime, sur le plan social, l’énorme sentiment d’insécurité et d’impunité face à la délinquance et à la criminalité, que l’Etat est incapable de contrôler et de résoudre. Mais d’un autre point de vue, elle exprime l’émotion profonde et légitime ressentie face à des actes aussi répréhensibles que le viol et l’assassinat de mineurs.
Nous n’avons pas réalisé d’enquêtes et d’études statistiques, mais je pense qu’on peut estimer que 70% de la population est en faveur de l’application de la peine de mort pour résoudre le problème de la criminalité. Toutefois, je pense qu’après l’intense campagne qu’ont mené les mouvements des droits de l’Homme, ce pourcentage a baissé un peu.
Cela a été évident devant le Parlement. Après une campagne intensive auprès des députés et de l’ensemble des partis politiques, nous sommes parvenus à renverser la position du Parlement sur la question. Nous pensons qu’à présent, les commissions qui débatteront des projets de loi sont en majorité contre la peine de mort.

ECPM: Le rétablissement de la peine de mort devrait donc être évité?
Je pense qu’il sera très difficile de rétablir la peine capitale au Pérou, parce que cela nécessiterait le vote des trois quarts des membres du Parlement, le temps deux sessions parlementaires, et la dénonciation du pacte de San José (Convention américaine des droits de l’Homme). Même après la dénonciation de ce pacte, il faudrait ensuite attendre un an avant de pouvoir commencer à appliquer la peine de mort.
Reste que le président pourra dire qu’il voulait réaliser ses promesses électorales, et que c’est le Parlement l’en a empêché. Ainsi, il restera en bons termes avec la population, et aura gagné du temps pour sortir d’autres mesures. Surtout, il aura eu la possibilité d’évaluer les possibilités et les risques d’un éventuel retrait du Pacte de San José.
Si le Pérou en arrivait à dénoncer ce Pacte, les citoyens et citoyennes ne seraient plus protégés face aux violations des droits de l'Homme commises par l’Etat. Nos droits civils et politiques, le droit de ne pas être victime de tortures, et de traitements inhumains, cruels et dégradants, ne seraient pas non plus protégés.

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