Pérou: le président veut renouer avec la peine de mort

30-11-2006

Monseigneur Hector Miguel Cabrejos Vidarte est archevêque de Trujillo et président de la Conférence épiscopale péruvienne. Engagé contre l'élargissement du domaine d'application de la peine de mort au Pérou, il répond à nos questions.


ECPM: La population péruvienne semble être largement en faveur de la peine de mort. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Environ 70% de la population est d’accord pour que la peine de mort soit appliquée aux violeurs et assassins de mineurs. Durant les cent premiers jours du gouvernement, la proposition d’instaurer la peine de mort pour les violeurs et assassins de mineurs a été placée par les Péruviens en troisième position des mesures les plus appréciées. Mais en ce qui concerne la peine de mort pour les terroristes, il semblerait que 80% de la population ne soit pas d’accord.

ECPM: La position clairement anti-peine de mort du clergé péruvien a-t-elle eu une influence sur la population ?
L’influence de l’Eglise sur le peuple péruvien est grande, et une part importante de la population nous accorde toute sa confiance. L’Eglise a diffusé un grand nombre de messages cette année, qui ont été entendus et appréciés. Les évêques, sur un plan personnel, ont tous fait des déclarations dans les médias pour faire valoir la position de l’Eglise sur la peine de mort. Le 7 septembre 2006, ils ont émis un communiqué sur la question : « je suis venu, afin que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10,10), et ils l’ont diffusé dans tout le pays. Enfin, le 11 octobre dernier, l’Université catholique du Pérou et la Conférence épiscopale péruvienne ont organisé un débat interdisciplinaire sur la peine de mort.

ECPM: Quels sont vos arguments contre la peine de mort?
L’Eglise, écoutant le Seigneur qui nous dit « je suis venu, afin que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance », veut elle aussi promouvoir la vie comme une valeur humaine qui « doit être respectée parce qu’elle est sacrée » (C.CIC.466). Cette valeur fondamentale est consacrée dans notre Constitution qui dit que « la vie humaine est le bien suprême de la société et de l’Etat, et l’Etat a pour obligation de la protéger » (Art. n°1).
La valeur de la vie humaine, y compris celle du pécheur, est très importante pour Dieu. C’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, il dit à travers le Prophète : « Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie » (Ez 33,11). Et quand les autorités de son temps demandèrent à Jésus ce qu’il pensait de la lapidation des femmes prises en flagrant délit d’adultère, sa réponse fut catégorique : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » (Jn 8,8).
L’Eglise catholique est résolument contre la peine de mort. Dans leur pronunciamiento de septembre 2002, les évêques du Pérou mettent en avant qu’« une personne est plus grande que ses fautes, et peut se racheter ».

ECPM: La Conférence épiscopale demande-t-elle donc l’abolition totale de la peine de mort au Pérou?
La tendance, dans le monde, va vers l’abolition totale de la peine de mort, qui est plus conforme à la dignité de l’Homme et en même temps, au dessein de Dieu pour l’Homme et la société. L’expérience dans d’autres pays a montré que la peine de mort, comme punition ou vengeance devant un crime aussi grave que le viol et l’assassinat d’un enfant, ne résout pas le problème. Son application nous pousserait à revenir dangereusement au principe « œil pour œil, dent pour dent », et n’éradiquerait pas le mal. Jamais la peine de mort ne réparera le mal, ni n’expiera le crime commis. Elle proclamerait au contraire que notre société, malgré les moyens avancés dont elle dispose, ne serait pas capable de punir convenablement les coupables. Le Saint pape Jean-Paul II, pendant le Jubilée de l’an 2000, a demandé aux Etats qui maintiennent la peine de mort d’abolir cette menace qui pèse sur la vie humaine. Historiquement, l’Eglise péruvienne a toujours défendu la vie comme un don de Dieu.

Propos recueillis par Julie Lerat

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