L’abolition de la peine de mort est un combat de chaque instant et même quand elle est acquise, nous devons continuer le combat des valeurs et des idées pour que jamais elle ne soit remise en question. C’est en ces mots que j’ai pu m’adresser aux 120 enfants présents lors de la cérémonie de remise des prix des deux concours d’ECPM dans les écoles (« Dessine-moi l’abolition » et « #Causons abolition ! ») qui a eu lieu dans l’Auditorium de la Mairie de Paris et qui clôture une année riche en pédagogie et en sensibilisation des plus jeunes aux enjeux des droits de l’homme et de l’abolition de la peine de mort.

Ce combat prend un nouveau visage dans le cadre de cet entre-deux tours des élections présidentielles. Car une candidate, Marine Le Pen, est la seule à toujours clairement s’exprimer pour la peine de mort et son rétablissement.

Elle propose (dans le 2e chapitre de son programme) d’instaurer une peine de perpétuité réelle et incompressible, qui remplacerait dans un premier temps le rétablissement de la peine de mort. Comme dans les discours d’Erdogan en Turquie, ce dangereux retour en arrière serait laissé à l’appréciation du peuple par voie référendaire, qu’elle appelle de ses vœux.

Elle va plus loin en dénonçant la Cour européenne des droits de l’homme et souhaite même « couper le cordon » avec la convention européenne des droits de l’homme. La vision qu’a Madame Le Pen de la justice, des droits de l’homme et de la peine de mort font peser un réel danger sur nos démocraties.

Il est donc important de dénoncer ces paroles démagogiques et violentes. Et de rappeler fièrement quelques valeurs fondamentales :
Oui, il faut continuer à combattre la peine de mort partout dans le monde,
Oui, l’abolition de la peine de mort et la reconnaissance du droit à tout individu à la vie doit demeurer la valeur fédératrice et universelle qui unit les hommes,
Oui, je crois aux droits de l’homme comme socle de base de nos sociétés,

Et enfin, non la perpétuité réelle incompressible ne peut être envisagée dans notre pays. Elle relève de la même logique et procède du même fonctionnement que la barbarie entourant la peine de mort. Elle nie toute possibilité pour les condamnés de s’amender, de changer, ainsi que l’idée-même de réinsertion, s’apparentant à un emmurement vivant et par conséquent, la perpétuité réelle est assimilable à un traitement cruel, inhumain et dégradant au même titre que la torture.

La France, patrie des droits de l’homme, doit résister à ces appels à la haine. Il en va de même en Turquie, aux Philippines et partout où le populisme, la démagogie et la violence sont la règle.

Raphaël Chenuil-Hazan
Directeur général ECPM