Voici une homonymie bien troublante ! Ces deux noms se prononcent de la même manière. Ils sont tous les deux liés à l’histoire de la peine de mort, et pourtant ils représentent deux symboles tout à fait opposés.

Christian Ranucci, peut-être le plus célèbre des condamnés à mort français, jeune homme de 22 ans broyé et tué la tête tranchée en deux morceaux distincts un 28 juillet 1976.

C’est justement à la fin des années 70, que Rached Ghannouchi, s’engage dans un militantisme islamique contre la laïcisation de la société tunisienne, engagée alors par Habib Bourguiba. Il sera lui aussi condamné à la prison pendant onze ans, puis à la perpétuité. Bourguiba ordonnera même un nouveau procès pour que Ghannouchi puisse être condamné à mort.

C’est cette proximité manifeste avec la peine capitale qui rapproche ces deux figures de l’histoire contemporaine.

Christian est le symbole de l’horreur de la peine capitale qui s’abat aveuglément, même quand l’ombre de son innocence plane encore 30 ans après, sur ce dossier.
Rached, lui, est aujourd’hui à la tête du parti majoritaire au pouvoir en Tunisie, depuis les dernières élections. Nombre de ces « frères musulmans », ministres dans le gouvernement actuel, ont été condamnés à la peine capitale et ont passé de nombreuses années dans les couloirs de la mort sous Ben Ali.
Cela devrait sans aucun conteste inciter Rached Ghannouchi à porter la modernisation des institutions dans son pays, en abolissant définitivement la peine de mort, jadis utilisée comme outil de répression politique à son encontre.

Malheureusement, il n’en est rien.

Ainsi, en marge de la Conférence, coorganisée le mois dernier en Tunisie par la Coalition tunisienne contre la peine de mort et ECPM, en présence de Robert Badinter et Ruth Dreifuss (ancienne président de la Confédération suisse) venus rencontrer les officiels au plus haut niveau, Rached Ghannouchi a cru bon de déclarer que « l’abolition de la peine de mort était contraire à la Charia islamique ».

Je tiens à lui rappeler qu’il se trompe. Que la Charia aussi nous montre, par les immenses restrictions imposées à l’application de la peine de mort, que cette peine reste une peine inutilisable par les hommes car inévitablement perfectible. C’est aussi ce que nous montre l’histoire de Christian.

C’est pour cela que je vous conjure, Monsieur Ghannouchi, de vous rappeler de Ranucci, afin de faire évoluer votre position et permettre à la Tunisie d’en finir une fois pour toute avec la peine de mort !

Raphaël Chenuil-Hazan