A peine entamé, le débat était déjà clos, à tel point que cela me surprit moi-même.
« Congrès régional SUR la peine de mort et non Congrès régional CONTRE la peine de mort ! » voilà comment s’appellera ce premier rendez-vous abolitionniste pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Dans une association, chantre de l’abolition universelle, on aurait pu s’attendre à opposition plus farouche pour le maintien de la préposition « CONTRE » symbole d’un universalisme conquérant à la place du mièvre « SUR ». Mais si SUR a été préféré, c’est justement parce que, n’avançant pas en opposition, il laisse la part belle à l’expression de pensées diverses, dans une région où parler de peine de mort reste hautement sensible.

Que devait-on en retenir ? Que le débat entre universalisme et relativisme est largement dépassé et intégré comme tel au cœur des associations de défense des droits fondamentaux, soit ! Avant tout, que dans « Ensemble contre la peine de mort » le plus important reste « Ensemble » et que tout est conciliable, si tant est que l’on veuille bien s’en donner la peine.

Dans ce premier Congrès régional, donc sur la peine de mort, qui tire sa singularité du pluralisme des acteurs engagés depuis des mois pour lui donner vie, il s’agit en fait de retrouver ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous éloigne, de revisiter ce que sous-tend le mot universel, de se construire, non pas dans l’affrontement mais à la lumière de nos valeurs communes.

Un défi, en général, un pari dans le contexte actuel ?

Certes, dans mon voyage abolitionniste, d’une rive de la méditerranée à l’autre, je n’ai vu que des similitudes : les mêmes sourires des condamnés libérés comme un défi à leurs anciens bourreaux, les mêmes espoirs dans les yeux des militants, la même curiosité teintée d’inquiétude sécuritaire dans la parole des enfants…

Mais ce Congrès régional, pourtant prévu de longue date, fait aujourd’hui étrangement écho aux enjeux politiques, identitaires et religieux qui secouent la région et provoquent discussions si ce n’est dissensions.

Et de religion, il en sera une nouvelle fois question ici, car nous avons tous besoin de comprendre pourquoi, alors que l’Afrique sub-saharienne abolit à grands pas, l’abolition stagne en terre d’Islam. Même si Abderrahim Jamai rappelle que la législation marocaine, à l’image de la majorité de celle des pays de la région, reste libérée de la Charia, il est essentiel, comme le mentionne Driss el Yazami, de pouvoir parler à la société dans son ensemble, afin de créer un mouvement engageant pour les États. Dans ces sociétés, l’argument religieux, à côté de l’argument sécuritaire, reste un des principaux facteurs de blocage de la pensée abolitionniste.

Mais alors, qu’attendre de ce mouvement collectif ciblant des États actuellement dirigés par des gouvernements religieux qui, s’ils ne souhaitent pas reprendre les exécutions pour ceux qui les ont déjà abandonnées, ont toujours affiché une tiède froideur pour évoquer l’abolition ?

Avant tout, que ce rassemblement soutienne les récentes avancées et les renforce : réformes constitutionnelles et droit à la vie ici, émergence de coalitions abolitionnistes là, progrès juridiques et officialisation du moratoire sur les exécutions ailleurs. Mais aussi, que les gouvernements nouvellement élus viennent s’engager dans le débat, comme ils se sont engagés sur les questions économiques et sociétales, et fassent ainsi un pas de plus du côté de l’universel.

La participation des États, la mobilisation des journalistes, l’intérêt de la société dans son ensemble pour ce premier Congrès régional sur la peine de mort dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, seront des signes encourageants pour l’avancée de notre cause commune.

Rendez-vous à Rabat, du 18 au 20 octobre, Ensemble, nous vous y attendons!

Ariane Grésillon
Directrice adjointe d’ECPM