Encore une fois, nous avons retenu notre souffle. Encore une fois, le pire était possible, l’impensable était envisageable ; à savoir l’exécution froide et simple d’un homme qui n’a toujours pas pu faire valoir l’ensemble de ses arguments qui pourraient peut-être prouver son innocence.
Nous n’aurions jamais pu un instant l’imaginer, si le 22 septembre dernier, Troy Davis (et bien d’autres auparavant) n’avait été exécuté, avec un dossier d’accusation plus que contestable, rendant l’impossible réel et tangible.

L’exécution de Henry Watkins « Hank » Skinner a ainsi été stoppée 48 heures avant l’heure prévue, par une décision de la cour d’appel du Texas. On respire un peu, on transpire beaucoup et on ne se résigne pas.

La « justice vengeresse » est quotidienne au pays du colt et du stetson : Réginald Brooks et Oba Chandler ont été exécutés à l’heure où j’écris ces mots ; tandis que Guadalupe Esperanza et Paul Rhoades attendent leur tour dans les heures et jours qui viennent. Cette lancinante banalité ne doit jamais être acceptée. Et c’est à chacun d’entre nous de continuer à se battre pour qu’ensemble, comme l’a dit le ministre de la Justice rwandais, Tharcis Karugarama, on puisse « humilier la mort en l’éjectant de nos lois » (discours prononcé à l’occasion de la Conférence internationale contre la peine de mort, organisée les 13 et 14 octobre à Kigali par Hands of Cain et la Coalition mondiale).

Raphaël CHENUIL-HAZAN
Directeur d'Ensemble contre la peine de mort – ECPM