En 2011, vous avez commémoré, avec Ensemble contre la peine de mort – ECPM, les trente ans de l'abolition de la peine capitale en France. En 2012, nous devrions aussi nous souvenir que cela ne fait que trente ans que l'homosexualité n'est plus un délit dans notre pays. En 1982 seulement, un an après l'abolition de la peine de mort, le « pays des droits de l'Homme » supprimait enfin de son code pénal ces lois de Vichy qui stigmatisaient encore les homosexuels de France, comme elles persécutaient autrefois les Juifs de France.

En France, entre les dernières exécutions d'homosexuels (1750) et l'abolition du « délit d'homosexualité », 232 ans se seront écoulés. Devrons-nous attendre aussi longtemps pour voir enfin l'homosexualité criminalisée, pénalisée, dramatisée partout dans le monde ? O tempora, o mores…

Cela ne fait que dix-neuf petites années que l'Organisation mondiale de la santé ne considère plus les homosexuels comme des malades mentaux (ceux qui sont exécutés dans les couloirs de la mort américains ou japonais). Cependant, au nom de la morale et de la justice, des gouvernements poursuivent, persécutent, criminalisent, torturent, condamnent à mort et exécutent des êtres humains parce qu'ils aiment différemment. Les « mœurs » homosexuelles sont passibles de la peine de mort dans au moins 5 pays du monde : Mauritanie, Soudan (ainsi que 12 États du nord du Nigéria et les parties méridionales de la Somalie), Arabie saoudite, Iran, Yémen. Maigre consolation, le Sud Soudan n’a pas conservé la peine de mort pour les « crimes contre nature », encore présente dans le code pénal du Soudan (Rapport ILGA 2012).

L’Iran pend des « sodomites », l’Irak lapide des adolescents suspectés d'homosexualité. En Espagne, des partenaires de même sexe se marient et aucun cas n’est fait de ces nouveaux couples légaux qui ont des enfants, les élèvent et les aiment. En France, celles et ceux qui aiment un(e) partenaire de même sexe sont toléré(e)s. Notre « douce France », toujours soucieuse de liberté, d'égalité et de fraternité, interdit la discrimination mais son Conseil constitutionnel, saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité, a considéré que l'interdiction du mariage aux homosexuels n'était pas contraire à la Constitution. Cela nous rappelle la Cour suprême des États-Unis qui n'a jamais jugée inconstitutionnelle l'exécution d'un innocent. L'homophobie silencieuse se gradue comme certains bien-pensants aiment à distinguer les situations où la peine de mort devrait s'appliquer (la mort d'un enfant, d'une personne âgée), ces cas qui suscitent davantage d'émotion comme disait Robert Badinter, : « Je suis contre la peine de mort, sauf… », « Je n'ai rien contre les homosexuels, mais… ».

Persécuter un homosexuel pour ses « mœurs » ne fait que l'enterrer comme une femme qui va être lapidée. Les lois criminalisant l'homosexualité « vont à l'encontre de la mise en œuvre de programmes efficaces d’éducation à la prévention du VIH / SIDA » (Rapport ILGA 2012) parce qu'elles conduisent les minorités marginalisées à la clandestinité. La peine de mort est injuste parce qu'elle est l'instrument d'une majorité contre une minorité, les blancs contre les noirs ou les hommes contre les femmes. La peine de mort est injuste parce qu'elle crée plus d'injustice que de justice : l'homophobie est une négation des droits de l'homme et la peine de mort est la négation absolue du droit à la vie. Samedi 30 juin 2012, mais aussi le reste de l'année, marchons ensemble contre la peine de mort – que le condamné soit homosexuel ou hétérosexuel – et contre l'homophobie – en Iran comme en France.

Gilles Denizot
Membre du Conseil d'administration d'Ensemble contre la peine de mort – ECPM