Le 12 juin, je serai à Madrid avec la grande famille abolitionniste pour l’ouverture du 5e Congrès mondial contre la peine de mort. Le 4e pour moi qui ai vécu Montréal 2004, Paris 2007, Genève 2010. Depuis 10 ans, j’ai vu ECPM grandir et la peine de mort s’étioler irrémédiablement. « Oui, nous la verrons un jour, l’abolition universelle de la peine de mort », clamait Robert Badinter à Genève. Oui, nous la verrons, parce que notre volonté est plus forte que les baïonnettes, parce que c’est le sens de l’histoire humaine. Le monde sera sans peine de mort ou ne sera plus.

De Genève 2010 à Madrid 2013, je mesure : des échecs, des occasions ratées, des combats perdus. Ils ont exécuté froidement Troy Davis malgré l’évidence. L’Inde a repris ses exécutions, le discret Japon aussi. L’Iran et la Chine continuent de massacrer des êtres humains par milliers avec une surdité affligeante. La Californie s’est arrêtée aux portes de l’abolition avec son référendum perdu. La Gambie a rechuté après 27 ans d’abstinence. Taïwan procède symboliquement à des pendaisons le jour de la venue sur son sol de la Coalition mondiale contre la peine de mort. Et que dire des espoirs déçus des révolutions arabes !

Victor Hugo nous avait pourtant avertis : « L’échafaud est le seul édifice que les révolutions ne démolissent pas. Il est rare, en effet, que les révolutions soient sobres de sang humain et venues qu’elles sont pour émonder, pour étêter la société, la peine de mort est l’une des serpes dont elles se dessaisissent le plus malaisément. »

Mais avons aussi gagné des batailles. La piste est la bonne, nos souliers sont solides et notre énergie est immense. L’Illinois , le Connecticut et le Maryland sont devenus les 16e, 17e et 18e États des États-Unis à supprimer la peine capitale. L’ADPAN et le mouvement abolitionniste asiatique se déploient. Lors du vote à l’ONU sur le moratoire universel en décembre 2012, la Tunisie a voté pour la première fois pour le moratoire. Tout le Maghreb est en effervescence et les Coalitions et mouvements citoyens et parlementaires contre la peine de mort s’activent plus vivement que jamais. On susurre que les rois du Maroc et de Jordanie seraient abolitionnistes. Des colloques et débats se tiennent sur l’aberration de la peine capitale à Bangkok, en Jordanie, à Kigali, et même en Irak. La Mongolie et le Bénin ont aboli. Madagascar a signé le Deuxième Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU visant à abolir irréversiblement la peine de peine de mort. La République démocratique du Congo envisage un moratoire. La pression diplomatique de l’Europe s’intensifie pour gagner la cause de l’abolition. Notamment de la part des quatre États parrains du Congrès, l’Espagne, la Norvège, la Suisse, la France. Sans oublier l’activisme discret et efficace de la Suède, de l’Allemagne et du Royaume Uni.

Je vais à Madrid rempli de ces espoirs, certain que nous vaincrons. Que nous convaincrons ! Pas tout le monde et pas tout de suite. Mais suffisamment pour que la peine de mort disparaisse de tous les systèmes judiciaires de la planète et que la justice des hommes ne tue plus.

« En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout », disait Camus. Nous avançons toujours plus nombreux, plus motivés. Ces dernières années, j’ai vu ECPM s’affirmer, s’étoffer, se renforcer, élargir ses soutiens et ses actions. Avec solidarité, travail, organisation, méthode, imagination, l’équipe fait des prodiges, pour le Congrès de Madrid et sur toutes nos autres actions. Quand je vois l’énergie et la qualité de l’équipe d’ECPM et, au-delà, de la grande famille abolitionniste, je sais que nous gagnerons les batailles futures. Je suis fier et toujours émerveillé par toutes les intelligences et expertises réunies, par l’implication sans faille des administrateurs et des salariés, permanents ou de l’équipe du Congrès. Ô combien est impressionnante la force collective qui s’en dégage ! Ensemble contre la peine de mort n’a jamais aussi bien mérité son nom. ECPM est devenue une référence incontournable dans le milieu abolitionniste mondial.

Programmation, communication, logistique, médias : ECPM aura encore une fois rempli l’objectif d’organisation de très haut niveau qu’elle s’est donnée pour accueillir des centaines de militants, ministres, diplomates, avocats, parlementaires et citoyens de dizaines de pays venus pour affirmer leur engagement, parler abolition, pour échanger leurs expériences, élaborer des stratégies, former les réseaux internationaux et les amitiés d’où germeront la réussite des succès abolitionnistes futurs.

En ces temps de violences répandues, où les armes tuent à Damas, Marseille, Kaboul ou Newtown, Je crois qu’aujourd’hui, la communauté abolitionniste est porteuse d’un message d’humanité et contribue plus que jamais au rapprochement des peuples, à la réunion et la propagation des progrès de la paix. Un Nobel à l’un des porteurs de l’abolition apporterait au mouvement abolitionniste mondial un soutien décisif dans sa lutte pour une justice humaine.

Eric Bernard
Avocat – Administrateur d’ECPM