« La peine de mort est-elle abolie en France ? », demande Constance, étudiante en histoire, à une classe de troisième. Sans hésitation, les élèves du collège parisien Sainte-Clotilde répondent en chœur « ouiiiii ». « Quel est l’avocat qui a contribué à faire abolir la peine de mort en France ? » Là, silence. Constance donne un indice : « Son nom commence par un “B“… » « Baudelaire ! », réplique un élève. « Badinter », rétorque un autre… Quizz réussi, Constance se met à retracer l’histoire de la peine de mort en remontant jusqu’à la terrible invention de M. Guillotin. à ses côtés, deux autres étudiants, Samantha et Axel, qui prennent la relève. à l’aide de vidéo et de carte, ils dressent un tableau de la peine de mort dans le monde et présentent les actions fortes du mouvement abolitionniste.

Formés à la gestion de projets dans le cadre de leurs études à la Sorbonne, c’est la troisième action de sensibilisation à l’abolition de la peine de mort qu’ils mènent en partenariat avec Ensemble contre la peine de mort. « Cela fait partie des nouveaux objectifs de notre programme Éduquer : sensibiliser des étudiants à l’abolition en leur permettant de sensibiliser eux-même d’autres jeunes », explique Marianne Rossi, chargée des actions d’éducation à ECPM. Ainsi, Constance, Samantha et Axel ont été formés par ECPM tant au niveau des techniques pédagogiques que des connaissances relatives à la peine de mort. Toutefois, « c’est eux qui imaginent les actions de sensibilisation et les mettent en place », insiste Marianne Rossi.

Dans la classe de troisième de Sainte-Clotilde, les questions fusent : « pourquoi la peine de mort ça coûte si cher ? » ; « pourquoi il n’y a pas de référendum pour savoir si les gens sont pour ou contre l’abolition ? » ; « quand vous organisez un Congrès mondial pour l’abolition, est-ce que vous invitez des chefs d’États qui sont contre ? » Pas simple pour les étudiants de répondre du tac au tac en trouvant les mots justes ! « C’est beaucoup plus difficile que de faire un exposé en cours, avoue Constance. Au début, on ne se sentait pas trop légitimes. » Heureusement, ils ne sont jamais seuls. Pour chaque intervention, les étudiants sont épaulés par un expert d’ECPM et un militant abolitionniste.

Malgré tout, « ça reste un vrai challenge, confie Samantha. Même à la fac, ce n’est pas simple d’en parler. Lors de la projection du film “Honk !” que nous avions organisée à la Sorbonne en présence du réalisateur Arnaud Gaillard, certains étudiants nous ont dit qu’ils étaient pour la peine de mort. Cela m’a choqué. » « Nous nous sommes rendu compte que, même en France, la peine de mort reste un sujet d’actualité, renchérit Constance. Avec la montée des idées du Front national, l’abolition est loin d’être un acquis. »

La nécessité d’éduquer, même en France

Selon une enquête publiée par Opinion Way pour le Cévipof en janvier dernier, 45% des citoyens français seraient favorables au rétablissement de la peine de mort en France. Une réalité de l’opinion française qui se répercute dans les collèges et lycées. « Au début de nos interventions, environ 70% des élèves sont pour la peine de mort, observe Marianne Rossi. Ils ont une vision manichéenne de la question. Ils ont encore du mal à faire la différence entre vengeance et justice. » D’où la nécessité impérieuse d’éduquer aux droits de l’homme et à l’abolition, même dans un pays abolitionniste tel que la France.

Pour ECPM, l’éducation a toujours été une priorité. Depuis 2009, l’association est intervenue dans 60 établissements scolaires et a sensibilisé plus de 5000 élèves, principalement en région parisienne dans les zones prioritaires d’éducation mais aussi dans les Pays de la Loire, en Basse-Normandie, en Rhône-Alpes et dans le Territoire de Belfort. « Notre objectif est d’interpeller, d’éveiller les consciences, explique Marianne Rossi, en montrant que la peine de mort est une question complexe qui mérite une réflexion approfondie. » ECPM s’attache aussi à faire connaître le vécu des condamnés à mort. « Nous voulons faire toucher du doigt la réalité humaine de la peine de mort. C’est pourquoi nous invitons à chacune de nos interventions scolaires un ancien condamné à mort ou une personne qui soutient un condamné à mort. En général, les élèves sont très touchés et cela les fait réagir. »

Un réseau international d’éducation

Si ECPM multiplie les actions d’éducation en France, l’association s’investit aussi dans des programmes à l’international. En janvier dernier, dans le cadre de la Conférence nationale contre la peine de mort au Liban, ECPM et ses partenaires ont lancé le premier Réseau international d’éducation à l’abolition. « L’idée est d’encourager la mutualisation des bonnes pratiques d’éducation et de créer des outils communs permettant aux élèves d’échanger entre eux et de s’enrichir mutuellement grâce à des actions adaptées », détaille Marianne Rossi.

Des projets de coopération ont déjà été concrétisés. A l’initiative de l’Institut arabe des droits de l’homme, de la Coalition marocaine et tunisienne contre la peine de mort et d’Ensemble contre la peine de mort, une caravane de l’éducation a sillonné la Tunisie pour rencontrer des élèves impliqués dans les nouveaux clubs des droits humains. Un cycle d'interventions dans les lycées français de Tunis a été également organisé par ECPM et la Coalition tunisienne contre la peine de mort avec la participation de Sandrine Ageorges Skinner, épouse de Hank Skinner, condamné à mort au Texas. « à terme, nous espérons que d’autres associations à travers le monde reprennent cette pédagogie à l’abolition, confie Marianne Rossi. C’est essentiel pour faire avancer la cause abolitionniste. »

Camille Sarret
Photo : Les trois étduiants Samantha, Constance et Axel intervenant dans le collège Sainte-Clotilde à Paris.

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