Pour la première fois, ECPM est intervenu auprès de jeunes volontaires en service civique d’Unis-Cité. C’est donc avec un public âgé de plus de 20 ans que l’équipe « Éduquer à l’abolition » a échangé sur les enjeux de la peine de mort dans le monde à l’aide de nombreux outils.

Après un rapide tour de table de présentation entre les jeunes et les intervenantes, tout commence par la projection d’un film, « Mort à l’écran », visant à faire réfléchir sur le concept même de la peine de mort. Ce court-métrage d’une dizaine de minutes met en scène le sort d’un condamné à mort : enchaîné à sa chaise électrique sur un plateau de télévision, sa vie est entre les mains du public appelé à voter pour ou contre son exécution. Très vite, les premières réactions se font entendre et les langues se délient. Toutes et tous s’indignent devant une telle médiatisation et instrumentalisation de la mort. Une jeune constate « le seul noir, dans le film, c’est le condamné ». Les intervenantes s’empressent de souligner l’application discriminatoire de la peine de mort : la plupart des condamnés à mort sont blancs aux États-Unis, néanmoins les plus exécutés sont les noirs.

IMG_3071 L’intervention suit ensuite son cours par la reconstitution d’un procès au cours duquel la peine de mort est requise contre le suspect. Une fois les tables déplacées pour donner à la salle des airs de tribunal, jeunes et intervenantes se mettent dans la peau de leurs personnages. Le président du tribunal orchestre l’audience : l’assistance de l’huissier pour découvrir les pièces à conviction, les réactions de l’accusé au box, les plaidoiries des avocats, les participations à la barre des témoins, proches et experts, le réquisitoire du procureur de la République. Les jurés écoutent attentivement car ils savent qu’ils devront prendre position. Chaque jeune prend son rôle à cœur et se prend au jeu. Quelle sera l’issue du procès ? Quelle sera la décision des jurés ? La liberté, la prison ou la mort ? Vient l’heure du délibéré : les jurés statuent sur l’innocence du suspect car « le doute doit profiter à l’accusé ». En conclusion, les intervenantes relèvent qu’il s’agit du procès de Christian Ranucci en 1976, cinq ans avant l’abolition de la peine de mort en France. À 22 ans, il est condamné à mort et guillotiné, malgré les doutes sur sa culpabilité, qui subsistent encore aujourd’hui. Les jeunes sont surpris : « si on n’est pas sûr, pourquoi le condamner ? ». Certains connaissent l’affaire du « pull-over rouge ». Toute cette histoire leur parle, mais ils n’imaginaient pas qu’autant d’incohérences avaient alimenté le procès.

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Afin de faire réfléchir sur l’application de la peine de mort et ses limites, les jeunes participent à un débat-mouvant visant à remettre en doute sa position de départ sur la question grâce aux arguments échangés. Au fur et à mesure des affirmations et des arguments déployés, les jeunes prennent conscience de la complicité d’exercer la justice et réfléchissent aux missions qu’elle doit assurer. Elle permet avant tout une paix sociale : « la vengeance n’est pas rendre justice », s’exclame l’un des jeunes lors d’un débat. Une jeune affirme que « tuer un meurtrier t’en fait devenir un ». La loi du talion devient de plus en plus incohérente au fil des discussions, l’État doit montrer l’exemple avant tout. Un autre conclut : « la haine attire la haine, c’est un cercle vicieux ». Se pose aussi clairement la question de la réinsertion dans la société des meurtriers ou encore des terroristes. Les jeunes sont partagés et ont pu réfléchir ensemble à quelle place occupe les personnes ayant commis des crimes dans la société civile, ainsi que celle du repenti ou du récidiviste. La peine de mort amène aussi une discussion sur le droit à une seconde chance : la société est-elle prête à accepter en son sein des hommes coupables d’actes criminels et qui ont payé leur dette à la justice ?

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L’intervention de trois heures se conclut par le témoignage de Sandrine Ageorges-Skinner, dont le mari est dans le couloir de la mort texan depuis plus de 23 ans. « 23 ans ! Mais c’est un truc de malade cette histoire ! », ne peut s’empêcher un jeune durant la prise de parole de Sandrine. Les jeunes comprennent d’abord la particularité de la justice américaine : les juges sont élus et beaucoup font campagne sur le taux d’affaire résolue par l’exécution du jugé coupable, surtout au Texas. « C’est le far-west » explique Sandrine sans détour, tout en affirmant que « les États-Unis, c’est le seul pays qui condamne des enfants à la perpétuité incompressible. Un pays qui détient 25 % de la population carcérale mondiale. » De ses nombreuses visites dans les parloirs américains, elle témoigne sur le quotidien des prisonniers dans le couloir de la mort : « Ils parlent d’un tel ou d’un tel, tu as vu celui-là il est mort. C’est très dur psychologiquement de voir ses compagnons mourir un par un ». Quant à Hank, qui a déjà dû faire face à 4 dates d’exécution, une nouvelle audience décisive se tiendra le 8 novembre prochain. Sandrine a d’ailleurs évoqué la campagne de soutien actuellement en cours (pour plus d’informations, consulter le site justice4Hank ).

IMG_3095.JPG (Les jeunes, Sandrine Ageorges-Skinner, et les intervenantes d’ECPM)     Loubna KOBI