Le 7 janvier 2015 dans la matinée nous sommes en pleine intervention dans un collège de Colombes (92). Notre équipe est ravie car les élèves sont inspirés et créatifs dans le cadre du concours « Dessine-moi l’abolition » organisé par l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM). Cette initiative s’adresse aux collégiens et lycéens français, marocains, tunisiens, libanais et congolais, et permet à ces jeunes d’exercer une citoyenneté active tout en divulguant un message abolitionniste commun.

Le 7 janvier 2015 dans la matinée, deux terroristes attaquent la rédaction de Charlie Hebdo…

Après la stupeur et l’émotion, la sensibilisation des jeunes doit pourtant reprendre et l’équipe est mobilisée pour réfléchir à la meilleure manière de répondre à leurs interrogations légitimes. Et puis, très vite, les incidents survenus pendant la minute de silence en mémoire des victimes se retrouvent au centre des débats. 200 incidents, voire plus… Le constat est effrayant. Mais parlons aussi des établissements scolaires où il n’y a eu aucun incident. De toutes ces initiatives bouleversantes d’élèves portées par le formidable engagement de leurs enseignants.
Depuis 2009, ECPM se rend régulièrement dans les collèges et lycées dans le cadre de son projet «Eduquer aux droits de l’homme et à l’abolition de la peine de mort ». L’association sensibilise sur la situation internationale de la peine capitale à travers des outils pédagogiques adaptés. Les témoignages d’anciens condamnés, de leurs proches ou de victimes sont particulièrement appréciés par les élèves.

Sans imposer un point de vue, la démarche pédagogique poursuivie, tend à favoriser le développement de l’esprit critique des jeunes. C’est un pari sur l’avenir. Et c’est grâce à l’engagement des enseignants impliqués sur le projet que la diffusion de la culture des droits de l’homme est possible. C’est d’ailleurs avec leur appui que l’association a pu publier un recueil de modules de cours sur les droits de l’homme et la peine de mort adaptés au programme scolaire de différentes disciplines. Ces outils permettent aux professeurs d’initier une réflexion avec leurs élèves sur la distinction des notions de justice et de vengeance.

C’est aussi grâce à l’engagement des enseignants que l’association peut mener des projets éducatifs favorisant l’ouverture des citoyens de demain à la diversité culturelle et à la tolérance. Comme ce concours « Dessine-moi l’abolition » qui encourage des élèves de nationalités variées, à s’opposer à la peine de mort partout et quelle que soit la nature du crime commis.

C’est lors d’une intervention dans un lycée du 93, qu’un élève nous a montré son ouverture d’esprit. Le jour de la sortie du dernier numéro de Charlie Hebdo, ce garçon de culture musulmane a reproduit la couverture du journal en remplaçant le panneau « Je suis Charlie » par « J’ai le droit de choisir ma religion ». C’est pour dénoncer les exécutions pour blasphème, nous a-t-il expliqué. Ce dessin parlera de lui-même, comme ceux des autres élèves de différentes nationalités, qui seront exposés dans les prochains évènements abolitionnistes à travers le monde. Ces dessins, tout comme d’autres initiatives d’élèves, existent parce que des enseignants se mobilisent au quotidien pour leur transmettre les valeurs démocratiques en s’appuyant sur les projets éducatifs menés par les associations telles qu’ECPM.

La diversité des actions pédagogiques proposées par les enseignants en partenariat avec les associations contribuera à réduire le nombre d’incivilités dans les établissements scolaires. Mais pour que les valeurs de tolérance se diffusent mieux et partout, les institutions de la République et les collectivités territoriales doivent valoriser et soutenir ces initiatives. Car c’est Ensemble que nous construirons une société plus respectueuse des droits de l’homme.

Marianne Rossi