Élégante, percutante, émouvante ! Lucie Wessler Laux, étudiante à l’École d’avocats de Strasbourg, a remporté haut la main le Grand prix de plaidoiries du Mémorial de Caen, le 31 janvier dernier, en dénonçant l’absurdité de la peine de mort aux Etats-Unis. Un thème fort mais pas nécessairement stratégique.

« La peine de mort est un sujet “bateau” au Concours du Mémorial de Caen et se trouve rarement récompensé, explique Lucie. Le jury préfère des sujets plus innovants comme ceux liés aux problèmes climatiques ou écologiques. » Mais qu’importe, c’est de ce sujet dont elle voulait parler. Pourquoi ? « Parce que c’est à mes yeux la violation des droits de l’homme la plus criante et la plus absurde. » C’est aussi pour l’étudiante un sujet qui reste plus que jamais d’actualité en France, comme le rappelle, par ailleurs, la nouvelle enquête du CEVIPOF qui révèle que 50% des Français en 2015 approuvent la peine de mort. « Bien qu’abolie dans les textes, elle ne l’est pas dans les mentalités, analyse l’avocate en devenir. La peine de mort peut toujours resurgir. Certes les juristes savent que revenir sur l’abolition n’est pas aussi simple que le fait croire le Front National puisque elle est ancrée dans la Constitution et dans la Convention européenne des Droits de l’homme. Mais quand une majorité de citoyens est pour la peine de mort, tout est révisable, même la Constitution. »

Pour frapper les esprits et mieux faire passer son argumentaire, Lucie s’est appuyée sur un cas révélateur, celui de l’Américain Joseph Wood, exécuté le 23 juillet dernier en Arizona et dont l’exécution par injection létale a duré près de deux heures. Un calvaire que l’étudiante a fait revivre en quelques phrases coups de poings. « Silence. Lumière. Perfusion. Dernières prières. Paupières closes. Il attend. Le poison inconnu coule dans ses veines depuis trente-cinq minutes déjà. Ce n’était pas prévu. Tout à coup, il se met à haleter. Puis plus rien. Puis de nouveau. Puis encore. Toutes les deux minutes, sa bouche s’ouvre à chaque fois plus largement. Puis elle ne se referme plus. Il suffoque, déglutit, comme un poisson hors de l’eau. Machinalement, ses lèvres s’écartent, et, tel un piston, sa poitrine se soulève et son estomac convulse. La fréquence est régulière comme les aiguilles de l’horloge accrochée en face de lui. »

Condamné pour les meurtres en 1989 de son ex-petite amie et du père de celle-ci, Joseph Wood n’a jamais clamé son innocence. « C’est pour cela que je l’a choisi, souligne l’étudiante qui a mis un mois à rédiger sa plaidoirie et s’est entrainée pendant des semaines, avec le soutien de Me Pascal Créhange, pour trouver le ton juste. Exécuter un coupable est un acte tout aussi absurde et abjecte qu’exécuter un innocent. Rien ne justifie la peine de mort. C’est ce message que je voulais faire passer à tout prix. » Et elle l’a fait avec verve et audace en dénonçant sans détour les contradictions et l’hypocrisie de la démocratie américaine.

Avocate professionnelle d’ici un an, Lucie est bien décidée à poursuivre son combat pour l’abolition. « Je vais continuer à témoigner dans les lycées et si un jour je suis contactée pour défendre un condamné à mort dans un pays étranger je me rendrai immédiatement et totalement disponible pour plaider sa cause. C’est désormais en moi. »
Par Camille Sarret