Le 8 mars, le monde célèbrera la 27e Journée internationale de la femme, moment offert à chacun par les Nations unies pour réfléchir sur les progrès réalisés et ceux à accomplir en matière d’accès aux droits pour nous, les femmes.

Ouvrir nos colonnes sur cette thématique relève d’une double gageure. Alors que cette Journée internationale ne trouve qu’un faible écho dans nos sociétés qui s’interrogent sur l’aspect réducteur voir offensant pour les femmes de ne donner comme visibilité à leurs luttes qu’une unique journée; d’autres pays, au fossé encore profond entre hommes et femmes sur les questions de droit, appellent et se préparent à faire de cette Journée une fête où les femmes s’entoureront de tous les atouts de la féminité et clameront haut et fort la singularité de leur juste combat pour un même respect pour tous. Et je sais d’autant mieux cela, que j’ai passé des moments de vie dans ces pays où cette Journée est même parfois fériée (comme au Burkina Faso, au Cambodge, en Algérie, en Russie, pour ne citer qu’eux…), comme pour mieux souligner le chemin qu’il reste encore à parcourir.

Saisir l’occasion de la Journée internationale de la femme pour faire un dossier thématique « femmes et peine de mort » ce n’est surtout pas, pour nous, éluder la quotidienneté de ce combat, comme l’est celui de la lutte contre la peine de mort, mais plutôt rassembler les énergies, lors d’une Journée dédiée, qu’elle soit pour le droit des femmes ou contre la peine de mort ; une façon de reprendre son souffle dans un combat permanent.

La deuxième gageure relève du sujet lui-même, les « femmes face à la peine de mort », car là où l’on souhaiterait voir ou dénoncer un caractère discriminatoire pour les femmes dans la peine capitale, parfois, il nous échappe.
Certes, l’histoire n’est pas avare de condamnations et d’exécutions pour des crimes vus comme plus spécifiques à la gente féminine, sorcelleries, hérésies, « faiseuses d’anges »…Et aujourd’hui, nous souhaitons dénoncer avec force la fragilité de la population féminine dans les pays sous influences de la Sharia face à la notion d’adultère mais aussi la dureté des conditions de détention pour les femmes dans un univers construit par et pour les hommes, comme en témoigne Gloria Killian.
Mais, force est de constater que les condamnations et exécutions de femmes restent marginales par rapport aux hommes et que l’on compte peu de femmes dans les couloirs de la mort. Pourtant, dans le combat abolitionniste, leur engagement, lui, est constant et les femmes y tiennent une place de choix. Je pourrais même dire qu’elles y sont très bien « surreprésentées » !

Combien de femmes ce combat a-t-il transcendées ?

Femmes-écrivaines, assurant une correspondance quotidienne, dans l’anonymat de leur cabinet d’écriture, comme une fenêtre ouverte sur l’extérieur pour leur correspondant incarcéré ; Femmes-militantes, sous la pluie battante des rues de Huntsville, du vent de Philadelphie, de la chaleur accablante des bancs de Rabat ou de Beyrouth,… Femmes-victimes devenues pour le monde témoins de la barbarie, avec cet accent terrible, fait d’un mélange d’atroce douleur et d’infinie douceur, que l’on souhaiterait presque ne jamais avoir entendues, mais qui vous marquent à tout jamais ; Femmes-mères, Femmes-sœurs, à la révolte douce-amère exprimée à coups de klaxonnes ; Femmes et épouses de condamnés qui lorsqu'elles allient amour et compétence sont une telle richesse pour le grand public ; Femmes-salariées, Femmes-bénévoles du milieu associatif, enfin, souvent également « surreprésentées », comme dans notre association qui en compte plus de 65 % ….

Je n’ai pas de chiffres disponibles pour étayer mon propos, juste une intuition, ma fois toute féminine, enrichie d’une observation quotidienne des engagements de chacune et si je n’ai voulu citer personne, c’est pour n’en oublier aucune !

Je voulais donc profiter de l’occasion qui m’était donnée, en cette Journée internationale de la femme, pour témoigner des actes de courage, des femmes que je croise au quotidien et mettre à l’honneur l’engagement féminin dans le combat abolitionniste.

Je vous laisse, chers lecteurs, philosopher librement sur le ratio inversement proportionnel entre le nombre de femmes condamnées à mort et le nombre de femmes engagées dans le combat abolitionniste, auprès des hommes. Derrière chaque grand homme se cache une femme, disait le poète. Mais derrière chaque grande femme, que devons nous chercher ?…Un combat d’exception ?

Gageons que nous verrons l’abolition de la Journée mondiale contre la peine de mort bien avant l’abolition de la Journée internationale de la femme car, si il serait plus qu’hasardeux de dresser des pronostics sur qui du droit à la vie ou du droit des femmes avancera le plus vite ; nous sommes convaincus que le monde souhaitera, et pour longtemps encore, à travers cette Journée, témoigner de l’apport de la gente féminine dans les progrès pour une justice et un monde plus humains.

Ariane Grésillon
Directrice adjointe d'ECPM