Publié dans Le Journal du Dimanche, 25 septembre 2011 : Emmanuel Maistre, secrétaire général d'Ensemble contre la peine de mort (ECPM) revient sur l'exécution de Troy Davis aux Etats-Unis.

Il y a urgence à venir en aide au peuple américain…

Jeudi 22 septembre au matin, les abolitionnistes français se sont réveillés avec la gueule de bois. Dans la nuit, sur le continent américain, le condamné à mort Troy Davis venait d’être exécuté par injection létale. Son exécution, prévue initialement à 19 heures, heure locale, s’est finalement déroulée à 23 heures. Cette attente supplémentaire a tellement été perçue comme un supplice, jusque dans les médias, que certaines dépêches ont tout d’abord indiqué que Troy Davis avait attendu la décision mortelle sanglé sur sa table matelassée.

Dans les faits, il n’en était rien… des sangles. Dans les faits, Troy Davis a subi l’attente sans fin de l’ultime décision de la Cour suprême, sadisme d’un système qui impose quatre heures de torture supplémentaire à son condamné. Dans les faits, Troy Davis a subi le supplice d’un enfermement de vingt années dans une cage pour, au final, être endormi pour toujours avec des produits dont les syndicats de vétérinaires américains eux-mêmes ne veulent pas pour exécuter leurs animaux domestiques. Dans les faits, Troy Davis a été supplicié à mort… tout comme Lawrence Brewer, cet autre condamné exécuté par l’État du Texas quatre heures avant lui.

Et ce, malgré le refus de la propre fille de sa victime de le voir mis à mort, ce qui, dans un pays appliquant la charia, un pays "islamiste", aurait permis d’éviter ce nouveau supplice. Ce rapprochement n’est pas anodin. En continuant à appliquer la peine capitale, les États-Unis violent les droits de l’homme les plus élémentaires, ces mêmes violations qu’ils dénoncent constamment par leur diplomatie. à l’heure où plus de 130 pays dans le monde reconnaissent le droit à la vie de leurs criminels, il est devenu insupportable que la plus grande démocratie occidentale continue en toute impunité de supplicier des êtres humains! Mais comment faire cesser l’hécatombe ? Il y a urgence à venir en aide au peuple américain en poussant ses dirigeants à cesser de l’assassiner.

Malheureusement, la mobilisation diplomatique permanente menée par la France ou l’Union européenne, ou les campagnes internationales réunissant des centaines de milliers de citoyens à travers la planète, ne parviennent pas, dans la pratique, à influencer les États fédérés américains déjà intrinsèquement méfiants et réticents à la simple tutelle de leur gouvernement fédéral… Cependant, il y a une voie qu’aucun pays n’a jamais eu le courage politique d’explorer : celle de la pression économique. Le Texas est l’État qui a le plus d’échanges commerciaux avec l’Union européenne, et c’est aussi l’État qui exécute le plus sur le continent américain. Cette collaboration est-elle tolérable? Aujourd’hui, nous en appelons au Conseil de l’Europe pour qu’il encourage l’Union européenne à cesser de passer des accords commerciaux avec les États rétentionnistes et notamment le Texas. Car nous le savons, l’argument économique peut faire basculer l’opinion des dirigeants américains.

Emmanuel Maistre
Secrétaire général d'Ensemble contre la peine de mort

Publié dans Le Journal du Dimanche, 25 septembre 2011
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