Le 8 Mars, le monde célèbrera la Journée internationale de la femme, instituée par les Nations unies en 1977 pour rendre hommage aux ouvrières et suffragettes du début du 20e siècle qui avaient lutté pour obtenir le droit de vote et de meilleures conditions de travail. Cette journée de manifestations est l’occasion aujourd’hui de faire un petit état des lieux de la situation des femmes face à la peine de mort à travers le monde.

La peine de mort appliquée aux femmes n’est jamais neutre pour une société. Elle en dit beaucoup sur le système de la peine de mort en général dans le pays. Tantôt teintée de puritanisme, tantôt d’extrémisme, tantôt compassionnelle, tantôt impitoyable, l’application de la peine de mort pour les femmes est à géométrie variable. Il est à noter que le nombre d’exécutions de femmes dans le monde reste marginal par rapport à celui des hommes.

Les femmes et la criminalité

Jusque dans les années 70, la criminalité des femmes n’était pas étudiée dans les traités de criminologie et de sociologie cela s’expliquait notamment par le faible taux de criminalité des femmes par rapport à celui des hommes et le fait qu’elles commettaient plutôt des délits mineurs liés à la propriété qui ne causaient pas une atteinte majeure à l’ordre public de la société.
Il y a pourtant eu à travers l’histoire une criminalité des femmes, les « faiseuses d’anges » ont notamment été punies très sévèrement (Marie-Louise Giraud exécutée en France en 1943), de même que les mères qui commettaient des infanticides.
Aujourd’hui force est de constater que les femmes restent minoritaires en prison et en particulier dans les couloirs de la mort. La plupart du temps, en occident, elles sont condamnées pour l’homicide d’un conjoint, d’un enfant ou d’un membre de la famille. Il est notable que la criminalité des femmes conduisant à des sentences de mort, est en grande partie liée à l’intégrité physique et sexuelle de l’accusée et souvent dans le cadre de la cellule familiale stricto sensu, pour des crimes dits « domestiques », cela donnant alors, pour ces femmes, soit des circonstances atténuantes dans certains pays, soit aggravantes dans d’autres.
Cependant, la peine de mort n’est pas appliquée qu’aux femmes coupables d’homicides, les systèmes judiciaires des 58 pays qui continuent de pratiquer la peine capitale ne perçoivent pas tous la criminalité des femmes de la même manière.

La peine de mort appliquée aux femmes aux États-Unis

Aux États-Unis, les femmes représentent 1,7 % des 3261 condamnés à mort incarcérés dans les couloirs de la mort américains.
L’État de Virginie a procédé, le 23 Septembre 2010, à l’exécution de Teresa Lewis, 41 ans. Il s’agissait de la première exécution capitale d’une femme aux États-Unis depuis cinq ans et la première dans cet État depuis près d’un siècle alors que c’est le deuxième État à exécuter le plus. La mort par injection létale de Teresa Lewis, dotée d’un QI de 72 (Rappelons que l’exécution est illégale lorsque le QI est inférieur à 70) et condamnée pour avoir fait assassiner son mari et son beau-fils en 2002, rompt avec le traditionnel tabou de l’exécution des femmes dans la société américaine, d’autant qu’elle n’était que le commanditaire.
Certains commentateurs ont indiqué que l’exécution de Teresa pourrait lever les obstacles psychologiques » qui entravent l’application de la sentence de mort pesant sur les 61 femmes se trouvant actuellement dans les couloirs de la mort aux États-Unis. Cependant, l’exécution de Teresa n’est que la 12e exécution (3 en Oklahoma, 3 au Texas, 2 en Floride, 1 en Caroline du Nord, 1 en Alabama, 1 en Virginie et 1 en Arkansas) d’une détenue depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976 alors que dans le même temps, les États-Unis ont exécuté 1214 hommes.
Aux États-Unis, les femmes condamnées à mort sont soumises à la même règle que les hommes : enfermées en quartier de haute sécurité, elles sont à l’isolement 23 heures su 24, voire même 24 heures sur 24 pendant le week-end, sans aucun contact physique et sous surveillance vidéo constante.

Femmes et peine de mort dans le monde islamique

L’influence de la charia est fondamentale dans la réponse de nombreux pays islamiques vis-à-vis de la criminalité féminine. Elle est appliquée dans certains pays de manière littérale, notamment pour ce qui concerne le crime d’adultère, le crime d’avortement (en particulier au Nigéria) ou les crimes d’honneur (Asia Bibi a été condamnée à mort au Pakistan pour avoir osé boire de l’eau dans un puits réservée aux musulmans).
Les peines qui leur sont alors réservées sont particulièrement cruelles : la flagellation ou la lapidation, toujours en vigueur dans plusieurs pays soumis à la Charia islamique, au premier rang desquels on trouve l’Iran.
Sakinneh Mohammadi Ashtiani, avait été condamnée en Iran à la lapidation pour adultère et pour le meurtre de son mari. Elle aurait dû être enterrée jusqu’au cou (les hommes eux ne sont enterrés que jusqu’aux hanches, ce qui leur permet de s’extraire plus facilement et ainsi être graciés) et recevoir un jet de pierre ni trop grosses, ni trop petites pour que la mort soit lente et douloureuse (article 119 du code pénal iranien). Grâce à la mobilisation internationale, la lapidation de Sakineh a été reportée plusieurs fois, puis annulée. Cependant, elle risque encore à tout moment d’être exécutée par pendaison.

Femmes et peine de mort en Asie

En Asie, c’est principalement le trafic de drogue qui conduit les femmes dans les couloirs de la mort. C’est notamment le cas en Chine, à Singapour en Malaisie, en Indonésie, au Vietnam et au Laos.
La Chine, pays qui exécute le plus au monde, il y a 53 chefs d’inculpation pouvant entraîner une sentence de mort dont certains ne sont pas des crimes de sang. Mme Wu, par exemple, a été condamnée à mort pour une infraction financière ayant consisté au non remboursement d’un prêt et à un levée de fonds illégale.

Cas particulier des femmes enceintes

Dans la plupart des 58 pays du monde qui maintiennent la peine capitale, la législation interdit expressément son application aux femmes enceintes. Certains pays comme l’Arabie Saoudite ou le Yémen ajourne l’exécution pendant un délai maximal de deux ans, d’autres comme le Vietnam ou la Syrie exécute juste après l’accouchement alors que l’Ethiopie, le Kenya ou la Guinée-Bissau ne peuvent jamais condamner à mort de femmes enceintes.

Marianne Rossi et Raphaël Chenuil-Hazan