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1er
Congrès mondial contre la peine de mort
Strasbourg - 21, 22, 23 juin 2001
Allocution d'ouverture
du Secrétaire général au premier Congrès mondial
contre la peine de mort
Strasbourg, le 21 juin 2001
Mesdames et messieurs
bonjour,
Dans la chemise qui se trouve devant moi il y a un discours soigneusement
préparé qui dit en préambule combien je suis heureux
de vous accueillir aujourd'hui dans les locaux du Conseil de lEurope
pour louverture de la session de ce Congrès mondial contre
la peine de mort.
Javais également quelques notes bien préparées
en français: "Je suis heureux de vous accueillir dans cet
hémicycle
".
Mais je préfère laisser de côté ce discours
bien rédigé. A lheure où je vous parle, je
ne puis me déclarer particulièrement satisfait ou heureux.
Et comment pourrions-nous lêtre alors que les nouvelles diffusées
sur nos téléviseurs nous informent que la deuxième
exécution en huit jours vient de se dérouler aux Etats-Unis
en application de la loi fédérale? Plutôt que de vous
lire un discours soigneusement rédigé, je préfère
vous parler avec le cur.
Tout le monde connaît les noms de Timothy Mc Veigh et Juan Raul
Garza. Nous avons entendu parler de ces affaires et en connaissons les
circonstances de celles-ci. Moins nombreux sont ceux qui connaissent le
nom de Joaquin Jose Martinez, qui a non seulement échappé
au couloir de la mort, mais a même été remis en liberté
car il est finalement apparu quil nétait pas
coupable. Mais que se serait-il produit si l'exécution programmée
navait pas été reportée? La réponse
est claire: sa mort naurait certainement pas permis que justice
soit faite.
Nous sommes aujourd'hui également confrontés à dautres
questions graves. Des centaines de proches des victimes de lexplosion
dOklahoma City ont affirmé avoir vécu lexécution
de Timothy Mc Veigh comme le dernier acte d'une procédure de justice.
Un seul dentre eux, le père dune jeune femme, tuée
dans ce bâtiment administratif dOklahoma City, a exprimé
un point de vue contraire et a décidé dentamer une
lutte contre la peine capitale, persuadé qu'infliger la mort n'est
pas rendre justice. Timothy Mc Veigh a sans aucun doute été
lun des pires meurtriers de lhistoire américaine
et il nous faut donc trouver une réponse à la question de
savoir si la peine capitale, malgré tous les arguments qui, du
point de vue des droits de lhomme, sopposent à elle,
ne pourraient, dans certains cas, être justifiés. Je suis
persuadé que nombre de nos concitoyens répondraient sans
hésiter par laffirmative. Malheureusement, en effet, plusieurs
pays membres du Conseil de lEurope, Parties au Protocole n °6
à la Convention européenne des Droits de l'Homme, autorisent
toujours la peine capitale en temps de guerre.
Le chemin qui nous reste encore à parcourir est long et semé
dembûches. C'est la raison pour laquelle je suis particulièrement
reconnaissant aux organisateurs de cette conférence, aux membres,
aux amis et au président de "Ensemble contre la peine de mort".
Il nous faut lutter ensemble pour labolition totale de la peine
capitale, non seulement en Europe, mais dans le monde entier. Tel est
le type de mondialisation auquel je voudrais assister dans un très
proche avenir.
Nous avons bien sûr déjà beaucoup fait en Europe dans
ce domaine. Il y a cinquante ans de cela, la Convention européenne
des Droits de l'Homme tolérait encore la peine de mort. Il y a
moins de vingt ans, nous avons été à lorigine
dune avancée importante en Europe, lorsque le Comité
des Ministres du Conseil de lEurope a adopté le 6e Protocole
additionnel à la CEDH, qui aura été le premier texte
juridiquement contraignant au monde à prévoir labolition
de la peine capitale. Lorsqu'à la fin des années 80 et au
début des années 90 les régimes communistes se sont
effondrés, il a non seulement contribué à la démocratie
sur tout notre continent, mais a également établi sur une
nouvelle norme européenne en matière de droits de lhomme:
infliger la mort nest pas rendre justice!
La ratification du Protocole n° 6 et labolition de la peine
capitale ont ainsi pris rang parmi les engagements imposés à
tout nouvel Etat membre du Conseil de lEurope, en même temps
quun moratoire immédiat sur les exécutions capitales
devenait une condition dadhésion à notre Organisation.
Trente-neuf Etats membres ont dores et déjà ratifié
le Protocole n° 6 et, grâce à lexistence dun
moratoire dans les quatre autres Etats membres, lEurope est devenue
de facto une région dans laquelle la peine de mort nest plus
appliquée. Aucune exécution nest plus intervenue depuis
plusieurs années dans la zone géographique couverte par
le Conseil de lEurope. Mais cela ne peut et ne doit pas suffire.
Il nous faut aller plus loin.
Je ne manque personnellement jamais une occasion de rappeler aux autorités
des pays restants quils doivent officiellement faire leur cette
règle européenne, en supprimant la peine de mort de leur
Code pénal cest ainsi que, mexprimant devant
cette conférence, jen appelle aujourd'hui à la Turquie,
à la Russie et à lArménie
Nous avons tous accueilli avec satisfaction les changements démocratiques
intervenus en République fédérale de Yougoslavie.
Nous attendons également des forces démocratiques de Belgrade
quelles respectent pleinement les normes européennes. Cest
pourquoi jenvoie également à Belgrade ce même
message: infliger la mort nest pas rendre justice!
Mais nous ne devons pas oublier notre souci majeur: lexistence de
la peine capitale dans les Etats non européens dotés du
statut dobservateur auprès du Conseil de lEurope.
Thimothy Mc Veigh et Juan Raul Garza ont suscité une vive attention
de la part des médias. Mais leur cas ne constitue que la partie
émergée de liceberg. Savez-vous combien de gens se
trouvent aujourd'hui dans le couloir de la mort aux Etats-Unis? Pas moins
de 3 700! Quelquun croit-il véritablement que la peine capitale
contribue à lutter contre la criminalité, ou à mettre
un terme à la violence? Si tel était le cas, les Etats-Unis
seraient un pays exempt de toute délinquance et de toute violence.
Je nai pas besoin den dire davantage. Infliger la mort nest
pas rendre justice et la mort nest pas davantage la sécurité.
La semaine prochaine, dans ce même hémicycle, nous examinerons
un rapport sur la peine de mort dans les Etats dotés du statut
dobservateur auprès du Conseil de lEurope, document
établi par Renate Wohlwend, rapporteur de la commission des questions
juridiques et des droits de lhomme et jespère
que ce texte aura quelque influence sur nos amis des Etats-Unis et du
Japon.
Nous ne devons pas seulement convaincre les hommes politiques et ceux
qui façonnent lopinion publique il nous faut aussi
sensibiliser les populations en général, tant en Europe
quailleurs dans le monde. Infliger la mort nest pas rendre
la justice, et ne pourra jamais lêtre.
Je voudrais tous vous remercier de vous être associés à
cette campagne, dêtre venus assister à cette conférence
à Strasbourg. Nous avons besoin que la société civile
joue dans ce domaine un rôle actif.
[Je voudrais remercier en particulier lONG "Ensemble contre
la peine de mort". Aux membres de lassociation, à ceux
qui la soutiennent, à son président Michel Taube, je voudrais
dire que le Conseil de lEurope, dans son difficile combat
pour répandre lidée quun Etat civilisé
ne doit pas tuer, ne peut pas tuer dans ce combat, le Conseil de
lEurope est de votre côté.
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