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1er
Congrès mondial contre la peine de mort
Strasbourg - 21, 22, 23 juin 2001
Mahmoud Ben Romdhane
2ème partie
Nous allons au cours
de ces journées faire un tour du monde le tour du monde des pays
abolitionnistes mais surtout celui des pays qui conservent la peine de
mort dans leur législation,
Des pays qui condamnent, des hommes, des femmes, des adolescents, et qui
les exécutent, des pays qui mettent leur technologie au service
de leurs bourreaux.
Dans un large tour dhorizon, il vous est par ailleurs proposé
des ateliers dans lesquels des spécialistes feront avec vous le
point sur la situation de la peine de mort et de son abolition dans différents
pays :
Afrique du Sud, Arabie saoudite, Autorité palestinienne, Cameroun
, Caraïbes, Chine. Égypte, Etats-Unis, Guinée, Inde,
Iran, Japon, Nigeria, Pakistan, Russie, Turquie
Mais il y a bien dautres pays qui nous préoccupent, et je
vais tenter den évoquer quelques uns ici,
Tout dabord avant de commencer, je veux vous dire deux mots de la
Côte dIvoire,
La Côte dIvoire, parce quelle vient dabolir la
peine de mort après un référendum ! Bravo à
tous les Ivoiriens qui ont refusé la justice qui tue.
Bravo aussi aux associations qui se sont dépensées sans
compter pour expliquer, pour convaincre.
Nous sommes donc rassemblés ici parce que nous voulons labolition,
labolition totale, labolition universelle,
ABOLIR ! Abolir la peine de mort, mettre fin aux exécutions
mettre un terme à toutes les exécutions, voilà notre
ambition.
mais nous sommes encore plus exigeants, et il faut ajouter tout de suite
après : cela ne suffit pas !
Labolition est une décision fragile lorsquelle nest
pas soutenue par un engagement international.
o Une alternance politique,
o un fait divers tragique,
o une opinion publique favorable aux exécutions,
o un chef dEtat faible :
et voilà le pays qui bascule
o retrouve la barbarie des exécutions.
o Un exemple précis ?
Je pense aux Philippines.
o Elles étaient lun des premiers pays asiatiques à
avoir aboli la peine de mort.
o La dernière exécution datait de 1976, la peine de mort
avait été abolie par la Constitution en 1987.
o Elle fut cependant rétablie par une loi adoptée en 1994
et en 1999 les Philippines, sous la pression dune opinion
publique mal informée sont retournées à leurs vieux
démons !
o Elles ont procédé à sept exécutions par
injection létale
ensuite un moratoire provisoire fut décrété.
o Aujourdhui à la faveur dune alternance politique
à la présidence du pays, on peut espérer un retour
à labolition
o retour attendu par plus de 1400 condamnés à mort dont
la plupart nont pas bénéficié dun procès
équitable.
Il faut dire que lAsie, de tous les continents, est celui qui est
le moins engagé dans le chemin de labolition.
Aucune protection régionale ne vient soutenir les efforts des militants
abolitionnistes ni ceux des Nations unies.
On aime prétendre en Asie que la Déclaration universelle
des droits de lhomme énonce des valeurs, " occidentales
" qui nont rien à voir avec celles des pays dOrient
!
La vie naurait-elle pas la même valeur en Asie ?
Je ne parlerai pas de la Chine qui fait lobjet dun atelier,
Mais on peut citer bon nombre de pays asiatiques qui appliquent la peine
de mort, souvent pour des infractions aussi mal définies que les
atteintes à la sûreté nationale, les crimes économiques,
le trafic de stupéfiant. Il faut citer le Viet Nam, Taiwan, la
Thaïlande, Singapour, le Pakistan, la Malaisie ou le Japon. Tous
ont recours aux exécutions.
o Le Japon qui demeure avec les Etats-Unis lun des rares pays industrialisés
à ne pas avoir aboli la peine de mort.
De facto ou dans leur législation certains pays dAsie sont
abolitionnistes mais labsence dun engagement international
fragilise leur situation qui nest jamais irréversible. Dans
un continent où le nombre des exécutions est particulièrement
alarmant
. le Cambodge est abolitionniste depuis 1989, le Bhoutan
na procédé à aucune exécution depuis
son indépendance, le sultanat de Brunei et quelques Iles du Pacifique
sont aussi abolitionnistes
Ce ne sont que des exceptions ..
A lopposé de lAsie, lEurope a élaboré
avec le Conseil de lEurope, au fil des ans un système de
protection des droits humains remarquable.
Aujourdhui, le Conseil de lEurope exige que les Etats voulant
devenir membres sengagent à abolir la peine de mort
Et de son côté, lUnion européenne a adopté
une vaste politique en faveur de labolition quelle met en
uvre dans ses relations avec des pays nappartenant pas à
lUnion.
Le Parlement européen émet fréquemment des résolutions
qui appellent à labolition de la peine de mort, demandent
la grâce ou la protection de personnes risquant dêtre
exécutées.
LUnion européenne promeut les valeurs universelles qui la
fondent.
Tous les Etats de lUnion européenne ont ratifié le
Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international
relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine
de mort. Tous sauf la France ! serait-elle la mauvaise élève
de lUnion ?
Malgré tout lEurope est le premier continent à être
devenu abolitionniste !.
En 1998, pour la première fois dans lhistoire du Vieux continent,
les 40 Etats membres du Conseil de lEurope navaient procédé
à aucune exécution.
Depuis cette date trois nouveaux pays ont rejoint le Conseil de lEurope.
LAlbanie, lArménie et lAzerbaïdjan.
Tous trois ont signé ou ratifié le Protocole n° 6.
Dans son Rapport annuel de 1999, Amnesty citait en exemple la procédure
suivie depuis 1993 en Azerbaïdjan, par le chef de lEtat pour
conduire son pays à labolition de la peine de mort en 1998.
Cest labolition mode demploi !
Parmi les Etats membres du Conseil de lEurope, seule la Russie pose
problème, ayant signé le protocole N°6 en 1995, elle
devrait aujourdhui lavoir ratifié.
Mais en Russie, lopinion publique et de hautes personnalités
(Soljenitsyne) demandent lapplication de la peine de mort
.
Face à linquiétude que lui cause la Russie, le Président
de lAssemblée parlementaire du Conseil de lEurope Lord
Russel-Johnston lui a rappelé que " Labolition de la
peine de mort est une condition fondamentale et formelle à ladhésion
au Conseil de lEurope ". " Si Moscou décide de
se rétracter ou néglige les engagements politiques fondamentaux
pris [en 1995]
la question se posera inévitablement de savoir
si la Russie est digne de rester membre du Conseil de lEurope ".
La Russie peut-elle accepter de perdre son siège au Conseil de
lEurope ? peut-elle accepter de se trouver au sein de lEurope,
dans la même situation que la Biélorussie pour laquelle la
culture du secret tient lieu de politique en matière de droits
humains ?
Mais quittons lEurope pour le continent Africain :
La situation de la peine de mort en Afrique du Sud, au Cameroun, et en
Guinée sera abordée en atelier.
Quen est il des autres pays ?
LOrganisation de lUnité africaine sest prononcée
dans sa Charte, entre autres points, pour le respect de légalité
entre les Etats, la non ingérence, lintangibilité
des frontières, la condamnation sans réserve de toutes les
formes dassassinats politiques
beaucoup de questions qui
posent problèmes !
mais labolition de la peine de mort ne semble pas à lordre
du jour de ses travaux.
Il faut cependant noter que, même sans le soutien de lOUA,
beaucoup de pays africains sont abolitionnistes : lAngola, Djibouti,
la Namibie, le Mozambique,
sans parler de lAfrique du Sud où la peine de mort a été
abolie en dépit de lopposition de lopinion publique,
grâce à des hommes politiques courageux qui pensent quil
est nécessaire
dimposer les valeurs pour lesquelles ils ont été élu.
A ces Etats abolitionnistes, il faut ajouter et cest une remarque
qui ne manque pas dintérêt : les Etats qui ont acquis
leur indépendance après avoir été des possessions
portugaises :
Cap Vert, Sao Tomé et Principe.
Qui ont hérité du Portugal dune tradition abolitionniste
: la dernière exécution connue au Portugal remonte à
1849 !
Tout est loin dêtre acquis en Afrique, mais il faut espérer
quavec lamélioration des droits sociaux et culturels,
les droits de lhomme progresseront aussi.
Si lon regarde maintenant lAfrique du Nord et le Moyen Orient,
la transition est difficile.
Sans parler de lIran, de lArabie saoudite, de lAutorité
palestinienne, de lEgypte et de la Guinée qui feront lobjet
dateliers, il reste au choix :
o LIrak qui exécute massivement en secret, souvent sans procédure
judiciaire
o LAlgérie qui condamne à mort na procédé
à aucune exécution judiciaire au cours de ces dernieres
annees mais à combien d'exécutions extra-judiciaires !
o Les Emirats arabes unis, qui comme lArabie saoudite exécutent
de préférence des ressortissants étrangers
o La Jordanie où, en plus des exécutions judiciaires, 21
meurtres " pour une question dhonneur " ont été
recensés au sein des familles au cours de lannée 2000.
o Le Koweït, pays peu peuplé qui depuis 1964 a exécuté
au moins 22 personnes
o Le Qatar où lexécution de trois ressortissants indiens,
deux hommes et une femme le 14 juin 2000, a marqué la fin dune
interruption de douze ans.
o Le Yémen où peut-être des centaines de personnes
sont sous le coup dune condamnation à mort au terme de procès
incompatibles avec les normes internationales et où au moins 13
personnes ont été exécutées,
o Le Sultanat dOman qui, après lexécution de
cinq hommes, se dit fermement attaché à la protection des
droits de lhomme, mais déclare qu'en ce qui concerne la peine
de mort " il ny a pas de consensus international sur le fait
que la peine de mort constitue une violation des droits de lhomme
" et affirme que le droit de grâce est dévolu au Sultan,
Ou bien encore Israël qui a aboli la peine de mort mais qui depuis
plusieurs semaines a " exécuté " une quinzaine
de personnes
Les seuls espoirs résident au Maroc et au Bahreïn où
la dernière exécution connue à eu lieu le 26 mars
1996
Et où il ny a pas eu dexécution depuis larrivée
dun nouveau Chef dEtat.
La peine de mort reste cependant inscrite dans la loi et une ressortissante
éthiopienne a été condamnée à mort
le 28 novembre 2000.
La Tunisie et le Maroc pourraient sans doute bientôt quitter la
liste des pays non abolitionnistes. En Tunisie, la societe civile s`est
saisie de la question au cours de ces 2 dernieres decennies. Et tout recemment,
plusieurs dizaines voire centaines de personnes ont etabli une Déclaration
de Tunis pour labolition de la peine de mort en Tunisie et dans
le monde.
Mais il faudra une volonté politique qui ne se manifeste pas encore
Et maintenant, poursuivons le survol du monde, traversons lAtlantique
et nous voici aux Amériques
Aux Amériques, où la vocation abolitionniste du continent
se trouve actuellement affaiblie par le soutien apporté à
la peine de mort aux Etats-Unis, à Cuba, aux Guatemala et dans
certaines iles des Caraïbes.
Il y a beaucoup à dire de ces pays, mais deux dentre eux
font lobjet dateliers
Il y a beaucoup à dire, pourtant
cest lAmérique, il faut préciser lAmérique
latine qui fut dès le 19ème siècle, à lavant
garde du mouvement abolitionniste.
Le Venezuela fut le premier pays à abolir la peine de mort pour
les délits politiques en 1849 et pour les autres délits
en 1863,
En Amérique latine, certains Etats nont jamais appliqué
la peine de mort
Ces dernières années, deux points noirs persistaient en
Amérique du Sud, Cuba et le Chili.
En 2001, le Chili qui navait procédé à aucune
exécution depuis la fin du régime dAugusto Pinochet,
le Chili a rejoint les Etats abolitionnistes.
Toutefois si dans la région labolition est acquise elle est
souvent incomplète et fragile.
Et les exécutions extrajudiciaires y sont nombreuses.
Il est nécessaire que les instruments internationaux y soient davantage
ratifiés cest une demande quil faut exprimer haut et
fort ! ..
Pourtant la Commission interaméricaine des droits de l'homme intervient
souvent pour appeler au respect de la Convention, ou pour réaffirmer
que le champ d'application de la peine de mort ne doit pas être
étendu.
Un Protocole à la Convention américaine relative aux droits
de lhomme traitant de labolition de la peine de mort a été
adopté en juin 1990 par lOrganisation des Etats américains,
mais sa ratification est longue et reste limitée. A ce jour seuls
8 Etats en sont parties : le Brésil, Costa-Rica, lEquateur,
le Nicaragua, Panama, le Paraguay, lUruguay et le Venezuela
Certains pays du continent ont aussi ratifié le Deuxième
protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils
et politiques visant à abolir la peine de mort : la Colombie, Costa-Rica,
lEquateur, lUruguay et le Venezuela.
LOrganisation des Etats américains devrait lancer un appel
sans équivoque en faveur de labolition de la peine capitale,
condamner clairement les exécutions de personnes mineures au moment
des fait, exhorter les Etats membres à instaurer un moratoire sur
les exécutions. [Pierre Sané 1999]
Et puisque cest lespoir qui nous réunit aujourdhui
à Strasbourg je veux justifier cet espoir en évoquant brièvement
les tribunaux internationaux nés ces dernières années.
[ les TPI et pour lavenir la CIJ]
Linstauration de ces tribunaux crée une justice en voie de
mondialisation qui doit simposer partout dans le monde et affirmer
luniversalité des droits.
Si les deux TPI sont déjà en fonction, il a fallu quatre
années de travaux pour quenfin soit adopté le statut
de la Cour pénale internationale permanente qui sera instaurée
dès que 60 Etats auront ratifié son statut
Mais ce que ces tribunaux et cette Cour ont de très remarquable,
cest quils donnent une impulsion décisive à
luniversalité des droits, par le fait quils excluent
la peine de mort des sanctions qui peuvent être imposées.
Que la peine de mort ne fasse pas partie des peines pouvant être
prononcées par la future Cour pénale internationale alors
que cette instance jugera les personnes accusées de génocide,
dautres crimes contre lhumanité et de crimes de guerre,
cest-à-dire des crimes considérés comme les
plus graves à léchelle internationale rendra son application
plus difficile pour les autres crimes ou délits de droit commun.
Un jour la peine de mort sera aussi disqualifiée en matière
pénale que les supplices du moyen âge
Alors aujourdhui anticipons :
" envisageons le monde sans exécution mais faisons immédiatement
tout notre possible pour en faire une réalité
Après les appels à un moratoire lancés par la Commission
des droits de lhomme des Nations unies,
En raison du nombre croissant de femmes et dhommes qui se mobilisent
à travers le monde pour le respect des droits humains.
Le Congrès de Strasbourg est une occasion privilégiée
de faire part de nos recommandations communes auprès des pays qui
nont pas aboli la peine de mort, auprès des Nations-Unies
et notamment de son assemblée générale,
Ce monde sans execution, il depend de nous de le construire.
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