ECPM: Vous avez créé une ONG qui s’appelle « The action commitee for women in prison », pouvez-vous nous décrire son rôle ?
Gloria Killian : Le Comité d’action pour les femmes en prison (ACWIP, en anglais) est une organisation qui plaide pour que les femmes incarcérées, partout dans le monde, soient traitées avec indulgence et humanité. ACWIP travaille à ce que toutes les femmes injustement emprisonnées soient libérées et met en œuvre de nouveaux programmes pour leur venir en aide. Nous éduquons le public afin d’atténuer une confiance démesurée en l’incarcération et tentons d’infuser la dignité, l’équité et une justice réparatrice, dans le système pénal américain. Nous voulons faire en sorte qu’il mette l’accent sur le traitement des détenus et le maintien de liens familiaux.

ECPM : Vous avez été incarcérée pendant 17 ans et demi pour un crime que vous n’aviez pas commis et pour lequel vous auriez pu encourir la peine capitale. Pouvez-vous nous décrire les conditions dans lesquelles vous étiez incarcérée ?
GK : Les conditions d’emprisonnement que j’ai connu furent très rudes, abusives, puisque nous étions sous le contrôle absolu des gardiens de prison, généralement des hommes. Le moindre geste est soumis à leur regard et je n’avais pas la permission de faire quoi que ce soit. Le traitement médical était barbare –quand il existait- et nous devions payer 5 $ pour chaque visite du médecin. Je vivais dans une cellule de deux personnes qui était constamment fouillée, par des gardiens brutaux et irrespectueux. Nous étions traitées comme des bêtes et les abus verbaux étaient permanents.

ECPM : Le fait d’être une femme en prison engendre-t-il des conditions de vie plus dures que celles des hommes ?
GK : Les conditions d’incarcération dans des couloirs de la mort sont plus difficiles pour les femmes étant donné que la plupart des États ne sont pas préparés à les prendre en charge. Il n’y a qu’une ou deux femmes par État dans les couloirs de la mort, elles sont donc isolées et les services auxquels elles devraient avoir droit leurs sont refusés. Beaucoup n’obtiennent même pas la permission d’assister aux offices religieux et sont maintenues un isolement total, des années durant. Les services psychiatriques sont souvent inexistants et elles n’ont le droit qu’à très peu de visites et très peu d’effets personnels. Une femme ayant commis un homicide est considérée comme un être irrationnel, étrange, monstrueux, surtout si elle a commis un crime contre un enfant ou un membre de sa famille.

Propos recueillis par Marianne Rossi
Traduction Julie Prêtre