Si la tolérance et l’acceptation semblent avoir triomphé de la haine et de l’homophobie, près de 80 États pénalisent encore l’homosexualité. Si Barack Obama et François Hollande viennent de se prononcer en faveur du mariage homosexuel, pour beaucoup d’entre eux la question du droit à la vie est encore en suspens.

La peine de mort recule partout dans le monde. En effet, sur 192 États répertoriés par les Nations unies, 141 ont aboli la peine capitale en fait ou en droit. Une avancée significative à l’échelle de l’humanité car, comme le souligne Robert Badinter, « en 1981, lorsque la France a aboli la peine de mort, nous étions le 35e État dans le monde à le faire.» En 31 ans, 106 États ont donc rejoint la liste des abolitionnistes. Malgré le déclin de ce châtiment, force est de constater la recrudescence de son application pour les « actes homosexuels ». ECPM mène une campagne de dénonciation et de sensibilisation contre ces législations discriminatoires à travers son opération « Pas d’homo à l’échafaud ».

Ainsi, gays et lesbiennes du monde encourent des peines privatives de libertés, pouvant aller jusqu’à la perpétuité dans certaines zones (36 pays d’Afrique considèrent l’homosexualité comme un délit), sur simple motif de leur orientation sexuelle. Pire encore, la condamnation à mort est revendiquée pour ces amants décriés dans neuf pays. L’Arabie Saoudite, l’Iran, la Mauritanie, le Nigéria (États du nord), le Soudan, la Somalie (région méridionale) ou encore le Yémen constituent autant de terres hostiles et meurtrières pour ceux dont l’orientation sexuelle ne colle pas à la morale conservatrice ambiante. L’Afghanistan et les Émirats Arabes Unies disposent de législations ambigües qui, selon l’interprétation, varient de la peine capitale à l’emprisonnement.

Le 7 mars 2012, le secrétaire général des Nation unies Ban Ki-moon déclarait que « le moment d’agir est venu » car « des vies sont en jeu et c’est le devoir de l’ONU de protéger les droits de toute personne où qu’elle vive.» Rappelons que les neufs pays cités ont tous signés le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, à l’exception des Émirats Arabes Unis, l’Iran l’a même ratifié. Ce texte oblige, notamment, à garantir tous le droits reconnus par le dit pacte « sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.» Malgré les contraintes internationales et la création d’une Déclaration relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre (signée par environ 80 États mais non-contraignante), il apparaît que la pénalisation, loin d’être remise en cause, soit renforcée.

Certaines régions soulèvent un foyer d’inquiétude quant à l’application de la peine capitale pour « crime de sodomie ». En effet, l’article 108 du Code pénal iranien défini la sodomie comme « une relation sexuelle avec un homme » et précise, en son article 110, que « la sanction pour sodomie est la mort ». Un recul net de la tendance progressiste mondiale germe dans ces pays qui prennent les traditions ou religions comme prétexte à la discrimination. Ainsi l’Ouganda et le Liberia étudient, en ce moment même, des projets de lois durcissant les peines applicables pour homosexualité. Ces deux pays affichent clairement leur animosité envers les minorités sexuelles et songent à rajouter la peine de mort à leur arsenal répressif.

Il est difficile de disposer de chiffres exacts car, l’homosexualité étant souvent niée par les États rétentionnistes, les exécutions se fondent souvent sur d’autres motifs. Le viol est, entre autres, régulièrement allégué. Toutefois, certains jugements sanctionnent ouvertement les actes gays et lesbiens. L’Iran en a fait la démonstration en se basant ouvertement sur ce motif pour condamner à mort quatre personnes en mai 2012. Ainsi, Saadat Arefi, Vahid Akbari, Javid Akbari et Housmand Akbari sont condamnés à la pendaison pour « lavat », c'est-à-dire pour relations sexuelles entre hommes, et risquent de voir leur sentence perpétrée rapidement. Une pétition circule sur internet pour tenter d’épargner leurs vies.

Humiliations, harcèlement, arrestations arbitraires, torture, crime haineux…rien n’est épargné aux malheureux identifiés comme homosexuels dans ces pays. Légitimés par des législations calomnieuses, ces comportements sont le lot commun d’amants sacrifiés sur l’autel de la barbarie.

La vigilance des ONG, la multiplication des réseaux sociaux, et internet en général apparaissent comme des vecteurs protecteurs permettant une diffusion d’informations salvatrices pour les homosexuels dont les droits sont bafoués. Ainsi, un documentaire réalisé par Katherine Fairfax Wright et Malika Zouhali-Worrall, suit David Kato (militant pour la cause gay assassiné le 26 janvier 2011 en Ouganda) dans son combat pour la tolérance et l’acceptation de la différence. Call me kuchu met en lumière ces invisibles qui se cachent pour s’aimer car oui, dans de nombreux pays encore, hétéro ou mourir…il faut choisir.

Justine Payoux