45% des citoyens français seraient favorables au rétablissement de la peine de mort en France. C’est en tout cas ce que révèle le dernier baromètre annuel OpinionWay pour le Cevipof sorti en janvier dernier (enquête en lien, voir p 22). Ils n’étaient que 27 %, il y a tout juste 5 ans, à souhaiter le retour de la peine capitale selon le même sondage.

Comment expliquer un tel recul de la pensée abolitionniste chez nos concitoyens ?

Fracture avec une classe dirigeante et par prolongement avec une classe intellectuelle dans sa grande majorité acquise à la cause de l’abolition ?

Radicalisation de la pensée, sur les questions sécuritaires et identitaires, exacerbée par une crise économique européenne qui vient ébranler repères et valeurs, en tout premier lieu celles dites humanistes ?

Influence croissante de partis politiques extrémistes qui instrumentalisent les citoyens en jouant sur les vertus dissuasives de la peine de mort comme argument sécuritaire ?

Sûrement un peu de tout cela. Mais l’analyse détaillée du sondage révèle un autre élément à l’importance fondamentale : l’adhésion à la peine de mort serait directement corrélée au niveau d’étude.

Ces chiffres témoignent donc surtout que la connaissance du rôle de la justice et du traitement de la criminalité nécessite un travail d’éducation approfondi qui n’est pas toujours réalisé au cours de la vie des citoyens.

à ce titre, la jeune génération française apparait comme particulièrement sensible à la question. Les 18-25 ans représentent ainsi la première catégorie à souhaiter le retour de la peine de mort. à un âge où la distinction entre vengeance et justice est en cours d’acquisition, l’éducation et l’apport de clés de compréhension pour appréhender les grands débats véhiculés dans les médias est particulièrement nécessaire. C’est le devoir que se donne Ensemble contre la peine de mort en menant une campagne globale d’éducation à l’abolition en France et en Europe ! ECPM amène le débat dans des zones moins favorisées (établissements dits « sensibles » ou à forte mixité) et va à la rencontre des jeunes pour qu’ils soient plus à même de développer une pensée autonome et pour le rôle qu’ils auront à jouer dans un monde globalisé en vue de les aider à exercer une citoyenneté responsable.

Ne laissons pas ces positions qui, quelques années auparavant, émanaient essentiellement de partis politiques extrêmes trouver désormais écho dans une frange citoyenne et politique plus modérée.

Éduquons, il y a urgence !

Ariane Grésillon
Directrice adjointe d’ECPM


FOCUS

Trois idées maîtresses sont au fondement des actions d’éducation d’ECPM dans les pays abolitionnistes :

  • L’acte d’abolir est un acte politique dont la portée et les valeurs imprègnent difficilement les citoyens, même longtemps après cet acte.
  • L’éducation aux droits de l’homme permet de promouvoir les valeurs fondamentales véhiculées par la Charte des droits de l’homme, de lutter contre la discrimination et l’intolérance.
  • La mise en œuvre d’actions d’éducation à la peine de mort dans les pays abolitionnistes entraine des retombées positives sur le mouvement international : elle contribue à maintenir l’implication des États abolitionnistes en faveur d’une abolition universelle ; elle constitue un élément de soutien au travail des acteurs locaux dans les pays rétentionnistes.

Plus d’information sur le site d’ECPM, espace Eduquer