Interview avec Gilles Denizot, responsable des médias sociaux pour la campagne Justice4Hank et membre du conseil d'administration d'Ensemble contre la peine de mort – ECPM

Aux Etats-Unis, quelle a été et quelle est encore aujourd’hui l’ampleur de la mobilisation pour Hank Skinner ?

La mobilisation aux Etats-Unis a été très importante : les innombrables articles dans la presse nationale, régionale et locale (New York Daily News, Los Angeles Times…), les reportages à la télévision (RT America…), la position du candidat Perry sur la peine capitale, la colère encore vive de tous ceux qui ont cru que Troy Davis ne serait pas exécuté, tout cela a contribué à alerter, à convaincre et à mobiliser une population de plus en plus hostile à la peine de mort et ses injustices flagrantes. Le soutien précieux que nous avons reçu de Change.org a permis de récolter d'une part 16 000 signatures sur notre première pétition (à l'attention de la procureure Lynn Switzer), d'autre part 138 730 signatures sur notre seconde pétition (à l'attention du Gouverneur Perry). A noter que plus de la moitié des 16 000 signatures initiales provenaient du Texas. Enfin, 17 élus du Texas et 27 anciens condamnés à mort innocentés ont écrit au Gouverneur Perry pour empêcher l'exécution du 9 novembre 2011. Deux semaines après l'annonce du sursis illimité, les réseaux sociaux et la presse continuent de s'interroger sur le dossier de Hank Skinner.

Et ailleurs dans le monde, y a-t-il eu des mouvements de soutien ?

En France, grâce à l'engagement d'associations de militants, au premier rang desquelles Ensemble contre la peine de mort – ECPM, mais aussi l'ACAT-France, le Collectif unitaire national de soutien à Mumia Abu-Jamal, la FIDH, la Ligue des droits de l'Homme, et RAIDH. En diffusant largement nos informations dans leurs réseaux respectifs, elles ont démultiplié notre pouvoir d'action. Mais les rassemblements n'ont pas seulement eu lieu à Paris, Lille ou Nice : on a vu des mouvements s'organiser en Allemagne ou en Italie (notamment grâce à la Coalition italienne contre la peine de mort) et plus globalement via les réseaux sociaux.

Pouvez-vous nous présenter la campagne Justice4Hank ?

Il faut avant tout rendre hommage à Sandrine Ageorges-Skinner qui, seule, a amorcé ce combat dès 1996, un an après la condamnation à mort de Hank Skinner. La pugnacité infatigable et désintéressée de Sandrine pour soutenir tant d'autres combats a – j'en suis convaincu – inspiré cet extraordinaire élan d'implication et de générosité chez les activistes. Avec Sandrine et avec Hank, nous voulons que justice soit (enfin) rendue, que le dossier soit traité avec équité, que les droits fondamentaux gravés sur le fronton de la Cour Suprême des Etats-Unis soient respectés : « Justice égale devant la loi » ("Equal Justice Under Law"). La devise de la façade est, « Justice, le Gardien de la Liberté » ("Justice, the Guardian of Liberty"), nous fait espérer un dénouement heureux pour Hank Skinner et pour beaucoup d'autres.

Quels sont les moyens et les objectifs de cette campagne ?

L'objectif est clair : obtenir justice pour Hank Skinner. Comme toujours dans les combats pour sauver un être humain condamné à mort, les moyens sont extrêmement limités. Outre les soutiens décrits plus haut et une stratégie en coordination avec l'équipe de la défense, la campagne Justice4Hank se résume à deux ordinateurs portables et des milliers d'heures de travail acharné. Nous devons faire preuve d'ingéniosité pour aller chercher les appuis nécessaires. C'est en comprenant et en mettant à profit la puissance des réseaux sociaux que la campagne Justice4Hank s'est déployée. Le 24 mars 2011, un an après le sursis de dernière minute accordé à Hank, nous avons envoyé notre premier bulletin d'information. Au site officiel de Hank Skinner, nous avons ajouté des pages sur la plupart des plates-formes de médias sociaux (facebook, twitter, youtube, google+) et diffusé par flux RSS, le tout en version bilingue anglaise et française. Tous les jours, nous avons utilisé ces outils de communication pour construire le réseau dont nous allions fatalement avoir besoin. Lorsqu'un mandat d'exécution a été signé le 27 juillet 2011, nous avons activé les liens patiemment tissés et lancé la campagne Justice4Hank. A partir de ce moment, la course contre la montre a débuté. Quotidiennement, nous avons recherché les articles parlant du dossier de Hank Skinner, nous avons sensibilisé le public et proposé des actions ciblées, élaboré et diffusé des vidéos qui posent, une à une, les questions clef du dossier de Hank Skinner. En deux mois, nos vidéos ont été vues plus de 20 000 fois.

Quels sont désormais les prochaines étapes clés de cette campagne ?

D'une part, continuer à informer le public : non, le sursis accordé par la Cour d'Appel n'est pas de 30 jours mais illimité, et non, malheureusement, il n'implique pas que les tests ADN seront autorisés. D'autre part, préparer la suite, et en priorité, récolter des fonds pour assurer la défense de Hank. Son avocat principal, Rob Owen, n'est mandaté que pour les appels en Cour fédérale. Il accepte de travailler gratuitement pour son client en ce qui concerne la demande de tests ADN en Cour d'État, donc nous devons au minimum couvrir ses frais. C'est pourquoi nous lançons maintenant une campagne de dons à 10 Euros, des idées et des actions de collecte de fonds.

Quelles sont désormais les prochaines échéances dans l’affaire Hank Skinner ?

Tout d'abord, il faut comprendre que si Hank a été temporairement sauvé de la mort le 7 novembre 2011, il n'en reste pas moins prisonnier d'un système qu'il n'est pas exagéré de qualifier d'infernal. Sa torture se prolonge, et dans l'attente d'une décision au plus tôt autour de l'été 2012, il faut continuer à le soutenir et lui donner de la force. Nous vous invitons à partager votre monde avec Hank en lui envoyant une carte postale. Notre vidéo – encore une – vous donnera tous les renseignements utiles.

S'agissant de la procédure juridique, le sursis accordé va permettre l'instruction de l'appel concernant la nouvelle demande de tests ADN qui avait été rejetée en première instance. Pour l'instant, nous devons patienter sans relâcher notre vigilance, il ne s'agit ici que d'un énième répit. La course contre la montre n'en est pas pour autant suspendue, ces quelques mois à venir vont renforcer et amplifier le travail déjà accompli pour la campagne Justice4Hank.

Gilles Denizot