Il fait déjà chaud dans la capitale malaisienne ce qui ne semble nullement gêner les 300 personnes se pressant vers l’hôtel Renaissance, lieu du premier Congrès régional sur la peine de mort en Asie.

Les visages sont concentrés. On se regarde, on s'observe… Certains yeux sont cernés, le voyage est fatigant depuis l’Europe, depuis le Maghreb aussi… ! Un grand sourire, une accolade pour l’ami, le militant que l’on n’a pas revu depuis le Congrès mondial de Madrid. Les langues se délient autour des cafés, le brouhaha gagne, l’effervescence aussi…

Sur la scène, la maîtresse de cérémonie se répète une dernière fois la liste des officiels qui prendront la parole : ministre malaisien, commission des droits de l’homme, barreau malaisien, représentants européens …
Où est placée la délégation nippone ? A côté de la norvégienne ? Hommage aux bénévoles et stagiaires qui feront que nous ne nous rendrons compte de rien, pas même des heures d’efforts nécessaires pour l’organisation d’un tel événement.

Un journaliste indonésien et un blogueur chinois, qui couvriront la totalité des débats pour leur rédaction s’échangent les hashtag à suivre et s’interrogent sur l’angle qu’ils donneront à leur papier. Le sujet est souvent bien mal traité dans la région, c’est une chance que de pouvoir couvrir l’événement !

A l’écart, Iwamoto essaie de se détendre. Il représentera l’aspect humain de cette peine barbare. Son témoignage est essentiel pour provoquer l’identification, replacer le sujet dans du concret. Mais pas de pathos, jamais… Dignité humaine, avant tout !

On commence ?

Les esprits s’échauffent quand on évoque le rôle de la diplomatie. L’ASEAN est dotée d’une Commission des droits de l’homme. Comment peut-elle renforcer son implication sur le champ de l’abolition ? L’opinion publique n’est pas prête, elle soutient massivement la peine de mort ! Quelle est notre marge de manœuvre ?

Dans une salle isolée, on discute de la Journée mondiale contre la peine de mort consacrée à la drogue ! Le nombre de pays qui a ajouté la peine de mort pour trafic de drogue s’est significativement accru, mais la peine de mort n’est pas une solution pour lutter contre ce fléau martèle la directrice des programmes de la Coalition mondiale. Les Nations unies ne peuvent financer la lutte contre le trafic de drogue dans les Etats qui appliquent la peine de mort, léger malaise…Comment travailler main dans la main ? Les discussions reprennent.

Le soleil décline, la journée est déjà bien avancée, mais cela ne semble pas ralentir la fièvre abolitionniste qui s’est emparée de la capitale Malaisienne. On échangera jusqu’au bout de la nuit, les occasions de se voir sont si rares !

Cette projection, n’est en rien une fiction. Elle prendra vie dans un futur immédiat. Pas plus d’une semaine, avant que l’attention de la communauté abolitionniste internationale ne soit rivée sur la région asiatique, tache rouge qui ensanglante encore notre carte du monde abolitionniste car première utilisatrice de la peine capitale. Les situations sont pourtant diverses d’un pays à l’autre. Il nous faut élaborer une ligne directrice générale, se servir des exemples abolitionnistes des Philippines, du Cambodge ou plus récemment de la Mongolie. Les ambitions sont élevées, à la hauteur de l’événement, grande première dans cette région !

Il est 9 heures, ce matin là du jeudi 11 juin 2015. Les débats commencent. Vous nous suivez ?

Ariane Grésillon
Directrice adjointe d'Ensemble contre la peine de mort (ECPM)

Suivez les débats en direct sur notre page Facebook Congr§s régional sur la peine de mort à Kuala Lumpur – juin 2015 et sur notre site
http://congres.abolition.fr/?lang=en
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