Depuis le mois de septembre 2016, ECPM a initié des échanges avec la FIFA, réagissant à l’exécution d’un prisonnier dans l’enceinte d’un stade de football en Iran. Peu à peu, un contact s’est établi avec cet acteur a priori atypique dans la lutte contre la peine de mort, qui intègre de plus en plus la promotion des droits de l’homme dans ses activités.

Le 30 septembre 2016, une information glaçante parvient à ECPM. Celle d’une exécution organisée, en public, dans un stade de football à Neyriz, en Iran. En réaction, un courrier est adressé à M. Gianni Infantino, président de la FIFA, pour que des mesures soient prises à l’encontre de la fédération iranienne de football. Extraits :

Nous réprouvons fermement la barbare pendaison publique de Saeed T, condamné à mort pour meurtre et viol. Au moins un enfant aurait assisté à son exécution, selon les photos prises sur place.

La République Islamique d’Iran et les territoires contrôlés par Daesh sont,selon notre partenaire Iran Human Rights, les seuls endroits au monde où des stades sportifs sont utilisés pour l’organisation d’exécutions publiques.

En tant que première organisation sportive du monde, la FIFA se doit de réagir expressément contre l’utilisation par le gouvernement iranien d’un stade pour l’application de ce châtiment cruel, inhumain et dégradant. Espaces dédiés à la socialisation et à l’intégration sociale, les stades de football ne peuvent pas être le théâtre de pratiques abominables telles que des pendaisons publiques.

Nous demandons une réponse ferme de votre organisation.

Le 6 décembre 2016, Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA, adresse une réponse à ECPM. Elle y explique que la Fédération à « pris note de cet incident avec préoccupation ». Surtout, dans ce courrier, Mme Samoura tient à assurer que « la FIFA condamne toute action de cette sorte qui, de nature fondamentale, viole la dignité inhérente à tout être humain » et se dit déterminée à évoquer la question des exécutions publiques dans ses futurs échanges avec la Fédération iranienne de football. Enfin, elle rappelle l’introduction d’un nouvel article dans les statuts de la FIFA :

Article 3 :
La FIFA s’engage à respecter tous les droits de l’homme internationalement reconnus et elle mettra tout en œuvre pour promouvoir la protection de ces droits.

Rencontre

À la suite de ces échanges, la FIFA a invité ECPM dans ses locaux, à Zurich, pour échanger sur les engagements à prendre en matière de droits de l’homme dans le cadre du football international. Une invitation qu’ECPM a acceptée avec plaisir. Le 27 avril dernier, Raphaël Chenuil-Hazan a ainsi rencontré M. Federico Addiechi, responsable développement durable et diversité et M. Andreas Graf, de la section droits de l’homme.

À cette occasion M. Chenuil Hazan a transmis plusieurs recommandations à la FIFA, l’appelant en premier lieu à sanctionner la fédaration iranienne de football dans le cas de nouvelles exécutions publiques dans des stades. D’autres sujets relatifs aux droits de l’homme ont également fait l’objet de recommandation, comme la lutte contre les discriminations des femmes et l’introduction de nouveaux critères de respects des droits de l’homme pour l’organisation de la Coupe du monde 2026. Les représentants de la FIFA, de leur côté, ont promis de poursuivre le dialogue avec la fédération iranienne, quitte à la menacer de sanctions en cas de toute nouvelle violation des droits de l’Homme liée au football iranien. Concernant l’organisation des futures coupes du monde, la FIFA a confié à ECPM qu’une consultation était en cours sur l’intégration d’une « clause droits de l’homme » dans le processus de sélection des organisateurs, qui incluraient des études indépendantes sur la situation des pays candidats en termes de respect des droits fondamentaux.

Une rencontre fructueuse donc, et de nombreux signes encourageants pour l’avenir tant du football que de la lutte pour la promotion des droits de l’homme dans le monde.