Connue pour ses émissions politiques musclées qu’elle anime sur la chaîne tunisienne Hannibal TV, la journaliste Arbia Hamadi Bessadok sera celle qui ouvrira les débats à la Conférence régionale contre la peine de mort « En marche vers l’abolition de la peine de mort » à Tunis les 26 et 27 septembre. Rencontre.

Pourquoi cet intérêt pour la problématique de la peine de mort ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que la peine de mort était une bonne chose, qu’un criminel qui a tué devait être tué à son tour. C’est en m’intéressant au cas de Maher Manaï que j’ai évolué. C’est l’un des cas emblématiques en Tunisie. Défendu par mon mari qui est avocat à Tunis, ce condamné à mort est clairement innocent ! Il est victime d’une énorme erreur judiciaire et il n’est pas le seul. C’est ce que j’ai compris en me documentant plus largement sur les condamnations à mort dans le monde.

Ce cheminement n’a pas été facile pour moi en raison de ma religion. Je suis profondément musulmane. Or, la peine de mort est inscrite dans la loi de l’Islam. Mais l’islam défend aussi la vie humaine et incite tout être humain au pardon. Donc quand il y a incertitude ou quand la famille de la victime parvient à pardonner, la peine de mort n’a pas à s’appliquer !

Vous avez déjà réalisé des émissions sur la peine de mort. Quelle a été la réaction des téléspectateurs ?

En effet, j’ai consacré deux émissions d’une heure trente à Maher Manaï. Les réactions ont été très positives. Je n’ai reçu que des messages de soutien, aucune critique ! Mais c’est parce qu’il s’agissait d’un cas particulier. Les gens ont réagi par rapport à son innocence et non pas sur la peine de mort en général.

Pensez-vous que la médiatisation des cas de condamnés à mort peut aider à faire évoluer leur dossier ?

D’après ma propre expérience, la médiatisation apporte peu de résultats. Malgré les deux émissions que j’ai faites sur Maher Manaï et les discussions que j’ai eues sur le plateau avec des ministres, rien n’a changé. Son dossier est toujours au point mort. Mais je pense qu’il faut persévérer. La médiatisation de cas particuliers permet d’ouvrir le débat, d’apporter des informations au grand public. Ce qui est très important.

Vous avez accepté d’être la maîtresse de cérémonie à la conférence régionale « En marche vers l’abolition ». Pourquoi ce geste ?

J’ai accepté avec plaisir la proposition parce que j’ai envie d’aider. Avec mon mari, nous sommes proches de familles de condamnés à mort. Nous les soutenons autant que nous le pouvons. Il y a quelques temps, nous avions même essayé de créer une association mais ça n’a pas marché. Le temps nous manquait pour nous y consacrer pleinement. Ce n’est vraiment pas facile de mobiliser sur la problèmatique de la peine de mort. Donc quand je peux aider, je le fais. C’est aussi, pour moi, l’occasion de dire à tous les Tunisiens et plus encore à tous nos responsables politiques à quel point la peine de mort est un scandale dans notre pays.

Propos recueillis par Camille Sarret
Programme de la conférénce « En marche vers l'abolition » à télécharger ici

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