Éditorial

« La prison brise une personne ou la rend plus forte »
Georges Jackson (un des Soledad Brothers)

Le 22 mars dernier ECPM, en collaboration avec le Collectif Mumia et la FIDH, a eu l’immense privilège d’accueillir Angela Davis, de passage à Paris à l’occasion de la sortie en salle d’un film qui lui est consacré*. Nous en avons ainsi profité pour organiser une table ronde-débat avec les associations françaises. Ce fut l’occasion pour l’ensemble des acteurs français actifs sur les champs de l’abolition de la peine de mort, des prisons, de la pénalité et des droits de l’homme en général de rencontrer cette grande dame qui a marqué l’histoire. Elle a été le symbole de nombreux combats communs. Sa popularité en France ne se dément pas étant donné les milliers d’appels et de mails que nous avons reçus lors de cette initiative. C’est pourquoi, je rassure les fidèles lecteurs de votre newsletter préférée, nous devrions être en mesure de faire un dossier spécial dans les prochains mois avec la vidéo de cette rencontre dans un prochain Mail de l’abolition.

Angela Davis ne fût pas seulement une célèbre militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis, proche du Black Panther Party, ni même un professeur de philosophie géniale. Elle fût aussi pendant 22 mois une condamnée à mort en suspens, puisqu’elle a risqué la peine de mort pour 3 chefs d’inculpation (meurtre, enlèvement et conspiration) suite à la tentative d’évasion de trois prisonniers. Cette action pour les trois hommes, surnommés les Frères de Soledad, se solda par la mort d’un juge californien en août 1970.

Depuis lors, la lutte contre la peine de mort partout où cela est possible est devenue son combat. Elle était déjà auprès d’ECPM lors du 1er Congrès mondial contre la peine de mort que nous avons organisé à Strasbourg en 2001. Elle porte une voix singulière et précieuse sur la question des peines alternatives à la peine capitale. Quand aux États-Unis, l’abolition de la peine de mort gagne sans cesse du terrain (c’est le sujet du dossier central de ce Mail de l’abolition), la pénalité devient de plus en plus répressive dans tout le pays, et l’on remplace presque toujours la peine de mort par de la perpétuité réelle. Cela devient selon les propres mots d’Angela, une « deuxième peine de mort ! ».

On doit ainsi stratégiquement porter séparément mais de manière concomitante l’abolition de la peine de mort et la question des très longues peines ou de la perpétuité. Ces questions seront justement au cœur d’une table ronde sur les peines alternatives au 5e Congrès mondial contre la peine de mort. Nous vous attendons tous à Madrid du 12 au 15 juin pour débattre avec nous de ces sujets.

Raphaël Chenuil-Hazan
Directeur ECPM

*Free Angela and all political prisoners, de Shola Lynch, sorti en salles en France le 3 avril 2013