Nous ne saurions éluder, en cette rentrée scolaire, la tragédie syrienne qui nous arrive en pleine figure au travers le drame incommensurable des réfugiés, et en particulier à travers le visage et le corps si frêle et inerte du petit Aylan Kurdi, gisant sur une plage turque, où il s’est échoué ave son frère et sa mère, eux aussi décédés. Cette photo a fait le tour du monde. Elle nous a tous bouleversés, révoltés et émus aux larmes. Alayn représente un triple symbole. D’abord celui du drame des réfugiés fuyant leur pays en guerre mais ne trouvant pas où aller. Ni dans les pays voisins, ni dans l’Europe des droits de l’homme, et encore moins dans les monarchies du Golf pourtant si riches. Il est aussi le symbole de la guerre, de la violence aveugle et de l’extrémisme qui embrasent la région. Enfin, il représente l’innocence des peuples victimes de cette violence humaine.

« La violence engendre la violence », disait le poète grec Eschyle dans son Agamemnon. Ainsi, la réponse que les États apportent à cette violence est une autre violence par le biais de condamnations à mort et d’exécutions de plus en plus massives et faites à la va-vite. Comme si le glaive de cette soit disante justice n’apportait pas l’aveuglement de la violence et de la vengeance.

Un message de violence

Ainsi, le gouvernement autonome du Kurdistan (GRK) a fait exécuter trois personnes, faisant tomber aussi sec huit années de moratoire. De même, dans la somnolence de l’été, le gouvernement tchadien a jugé et exécuté, en pas moins de trois jours, 10 membres de Boko Haram, mettant fin, là encore, à plus de dix ans de moratoire. Faisant dire à notre partenaire et amie tchadienne, Jacqueline Moudeina, grande défenseure des droits de l’homme et avocate des victimes de Hissène Habré « que ces exécutions ne règlent rien et ne sont en aucun cas dissuasives, tant ces fous de Boko Haram se sont voués eux-mêmes à la mort (…) les autorités auraient d’ailleurs obtenu de plus amples informations en enquêtant plus profondément sur le réseau. »

Je ne peux pas non plus oublier l’Arabie Saoudite (+ 200 exécutions depuis le début de l’année), l’Iran (+ de 800 exécutions en 2015) ou l’Irak qui profitent du chaos pour exécuter à tour de bras opposants, minorités ethniques et travailleurs migrants, envoyant eux aussi un message de violence ultime non pas aux terroristes mais aux peuples de la région.

Cela est symptomatique, en particulier dans le cas de l’Iran où les négociations entre le gouvernement Rohani et le P+5 semblent avoir abouti. Il ne faut pas maintenant que les droits de l’homme soient les laissés pour compte des discussions avec l’Iran, en particulier au vue des innombrables exécutions dans le pays.

Des espoirs d'Afrique

Mais des espoirs persistent en cette rentrée. Encore une fois, ils viennent d’Afrique. En effet, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) organise en partenariat avec le MAE français, l’OIF et l’APF le 29 et 30 octobre prochain une grande Conférence régionale parlementaire à Brazzaville, capitale de la République du Congo Cet événement annonce très clairement des dynamiques intéressantes en Afrique sub-saharienne. Nous espérons d’ores et déjà des avancées significatives au Congo-Brazza, au Burkina et dans de nombreux autres pays de la région.

Je voulais enfin vous dire un petit mot sur Serge Atlaoui. Vous avez été des milliers à nous soutenir dans le combat pour le sauver. Il est aujourd’hui dans une situation délicate mais plus sereine. Nous avons décidé, avec ses avocats et son épouse Sabine, de faire baisser la pression afin de permettre aux autorités indonésiennes de rendre la justice dans la sérénité et loin des feux de la presse. Nous croyons en un avenir meilleur, mais pour cela il faut s’armer de patience et de soutien. Nous vous tiendrons bien évidement informé.

Je vous invite d’ailleurs à venir nous retrouver dans le village du monde de la fête de l’Huma, où ECPM comme chaque année depuis 11 ans tiendra un stand pour porter haut et fort la voix de l’abolition.

Raphaël Chenuil-Hazan
Directeur général d'ECPM