Me Miloud Brahimi :
« La communauté internationale poussera l’Algérie vers l’abolition »

« Je ne me suis jamais posé la question si j’étais abolitionniste ou pas. Pour moi, cette question n’existe pas. La peine de mort représente la vengeance de la société contre un individu et n’a aucune raison d’exister ». Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme, n’est pas devenu abolitionniste, il est né abolitionniste, raconte-t-il.

Cet avocat algérien, bien connu dans le milieu abolitionniste international, ne cache pas ses inquiétudes dans le contexte des récents débats sur la peine de mort dans son pays. « Même les islamistes étaient favorables au moratoire dans le passé. Le sujet des crimes contre des mineurs ont ravivé les esprits… », regrette Me Brahimi. Invité souvent sur les plateaux des chaînes de radio et de télévision, il essaie de convaincre. Son argument le plus fort ? La peine de mort n’est pas dissuasive et n’aura aucun impact sur le niveau de la criminalité en Algérie, comme dans tous les autres pays.

« C’est très difficile d’avancer vers l’abolition pour des raisons religieuses », reconnaît Me Brahimi. Mais il y a de l’espoir. « L’abolition de la peine de mort en Turquie n’était pas le résultat d’une demande de la société civile. La pression de la Communauté européenne a joué le rôle décisif », déclare-t-il. Le fin connaisseur de la problématique abolitionniste reste persuadé que le développement au niveau international de son pays le poussera vers l’abandon de la peine capitale. L’Algérie a voté en faveur de la résolution 65/206 de l’Assemblée générale des Nations unies, relative à l’adoption d’un moratoire sur l’application de la peine de mort. Cela donne de l’espoir à Me Brahimi même s’il refuse de faire des pronostics. « L’Algérie est un pays exemplaire dans plusieurs domaines. Mon souhaite est qu’il le soit également en tant que pays abolitionniste ».

Me Brahimi a défendu à deux reprises des condamnés à mort. Il connaît parfaitement les stratégies de défense à privilégier dans son pays. « Les dossiers de condamnés à mort sont techniques. Les avocats cherchent toujours des circonstances atténuantes pour sauver leurs clients », raconte l’avocat. A la surprise générale, il y a quelques jours Me Brahimi a choisi une nouvelle stratégie. « C’était probablement la première plaidoirie en Algérie contre la peine de mort. Le crime de mon client est abominable et il n’y a pas de circonstances atténuantes. Finalement, j’ai plaidé beaucoup moins pour mon client que contre la peine de mort en général ».

Est-ce qu’il est content de son choix ? « Je l’assume pleinement », sourit Me Brahimi.

Desislava Raoul