Militante contre toutes les formes de violence, Ogarit Younan a été pionnière dans la lutte contre la peine de mort au Liban. Quand la guerre civile a pris fin au début des années 1990, cette professeure de sociologie a senti qu’il était temps d’ouvrir un débat de fond. Un débat qui s’est avéré d’autant plus urgent à mener qu’un vieil article du Code pénal qui avait été mis en sommeil pendant les années sanglantes a été réactivé en 1994 rendant automatique la peine de mort pour tous les auteurs d’homicides. Résultat : 14 condamnés à mort ont été exécutés en quatre ans.

Dans ce contexte, la première Campagne nationale contre la peine de mort qu’Ogarit Younan a initiée avec Walid Slaiby, penseur de la non-violence, a eu l’effet d’un électro-choc auprès de la population libanaise. Après la publication d’une étude, La peine de mort tue, les activistes ont organisé une action de rue dans un des quartiers populaires de Beyrouth. C’était le 20 mai 1998 à l’aube. Ogarit Younan s’en souvient. « A 5 heures, deux jeunes condamnés à mort devaient se faire exécuter sur la place de Tabarja. Défilant en silence tous vêtus de noir, nous nous sommes placés au plus près de la potence et avons déroulé une banderole sur laquelle nous avions écrit "nous déclarons le deuil pour les victimes du premier crime et pour les victimes de la peine de mort". » Une action qui a marqué, selon Ogarit Younan, « un tournant » dans la manière d’aborder la question de la peine de mort au Liban.

Trois an plus tard, en 2001, Ogarit Younan et les abolitionnistes libanais remportent leur première victoire juridique : le Parlement approuve à l’unanimité une loi qui attribue aux juges la faculté de prononcer des condamnations à mort que dans des cas extrêmes. C’en est fini de la peine de mort automatique.

Au Liban, il n'y a plus eu d'exécution depuis 2004. Pour Ogarit Younan, le pays du cèdre est désormais « mûr » pour l’abolition. Mais l’instabilité politique freine, voire bloque, le processus. « En 2006, nous étions sur le point d’obtenir l’abolition. Un projet de loi était dans les cartons, le Premier ministre de l’époque avait accepté de nous rencontrer mais la veille du rendez-vous la guerre a éclaté dans le Sud-Liban », se rappelle Ogarit Younan.

Plus récemment, en 2009, Ibrahim Najjar, qui était alors ministre de la Justice, a officiellement pris position pour l’abolition pur et simple de la peine de mort au Liban, à l’occasion de la cérémonie de clôture du 4e Congrès mondial contre la peine de mort à Genève. Mais là encore, le projet de loi n’a jamais été présenté au Parlement.

Aujourd’hui, « le contexte régional n’est pas du tout favorable, reconnaît Ogarit Younan. Le Liban est happé par la guerre en Syrie et ne peut pas se permettre d’ouvrir le débat sur la peine de mort ». Mais la militante ne relâche pas ses efforts. « Chaque année, on forme une trentaine de jeunes activistes pour que le mouvement se renouvelle et on fait des interventions dans les écoles ». C’est d’ailleurs à Beyrouth en janvier dernier que le 1er Réseau international d’éducation à l’abolition de la peine de mort a été lancé à l’initiative de l’Association libanaise pour les droits civils (LACR), d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et de la Coalition marocaine contre la peine de mort.

Par Camille SARRET.

Photo : le ministre sortant de la Justice, Chakib Cortbawi (à gauche), et l'ambassadrice de l'Union européenne (à droite), entourant Ogarit Younan.

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