Rencontre avec Lotfi Azzouz, Président d’Amnesty International Tunisie.

Quelle est la situation de la peine de mort en Tunisie ? Pensez-vous qu’elle s’engage sur le chemin de l’abolition ?
La peine de mort est suspendue en Tunisie et la dernière exécution remonte à 1991.
Le porte parole du gouvernement de transition, Monsieur Taieb Baccouche, a annoncé, le 1er février 2011, que la Tunisie allait ratifier le deuxième protocole concernant l’abolition de la peine de mort. Mais le gouvernement s’est retiré de son engagement sans explication. Et on peut dire que le législateur a élargi le champ de l’application de la peine de mort puisque plus de 21 délits sont passibles de la peine de mort, parmi lesquels l’homicide, la violence et l’agression, les attentats à la sureté intérieure et extérieure de l'Etat.
La section tunisienne d'Amnesty International (AI) a organisé une conférence le 27 septembre 2011 à Tunis. Ainsi, AI Tunisie a invité les partis candidats en lice pour les élections du 23 octobre à signer un manifeste comportant 10 points préservant les droits humains en Tunisie. Une trentaine de partis politiques ont ratifié le Manifeste dont le point 10 était sur la peine de mort. Mais ces partis sont minoritaires au sein de l’assemblée constituante et les partis qui n’ont pas répondu jusqu’à maintenant et qui n’ont pas engagés sont majoritaires et je crois que le chemin de l’abolition sera un peu difficile mais la suspension des exécutions va continuer.

Vous avez organisé une manifestation à Tunis au mois de novembre. Pouvez-vous nous expliquer comment les tunisiens ont réagi à cette action ?
Vu la situation critique de la Tunisie au mois de novembre on a changé la manifestation prévue pour un atelier de formation pour les jeunes sur la peine de mort afin de les écouter et renforcer leur capacités pour défendre les droits humains et maitriser l’argumentaire sur l’abolition de la peine de mort . On a senti un certain engagement des jeunes pour l’abolition de la peine de mort mais la résistance on la trouve souvent chez les adultes bien que la plupart des familles des victimes des violations des droits humains demandent la lutte contre l’impunité et que la justice soit rendue sans exécuter les violateurs.

Amnesty International Tunisie organise prochainement un forum étudiant traitant de la question de la peine de mort dans la région du Maghreb ? Pouvez-vous nous présenter cet événement et nous expliquer comment vous parvenez à mobiliser les jeunes sur ces questions ?
AI Tunisie organisera un forum des jeunes sous le thème « les jeunes et les transitions : Pour un monde sans peine de mort » du 26 au 28 décembre 2011 a la maison des jeunes de Ain Drahem à Jendouba. Les participants seront les jeunes d’Amnesty International de l’Algérie et du Maroc et de la Tunisie, les jeunes des partis politiques et les jeunes de la société civile Les objectifs de ce forum seront :L’échange de l’expertise et des expériences ; Renforcer les capacités des jeunes pour défendre l’abolition de la peine de mort ; L’élaboration d’une stratégie nationale et régionale pour l’abolition de la peine de mort ; L’élaboration d’un plan d’action national et régional.

Amnesty international Tunisie est un des membres fondateurs de la Coalition tunisienne contre la peine de mort. Pouvez-vous nous parler de cette Coalition ? Quelles sont ses actions principales ?
A l’origine, la coalition nationale tunisienne contre la peine de mort regroupe sept associations : la Section Tunisienne d’Amnesty International (AIST) ; la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme(LTDH) ; l’Institut Arabe des Droits de l’Homme (IADH) ; l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) ; l’Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement (AFTURD) ; Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ; la Fédération Tunisienne des Ciné-clubs (FTCC).Désormais, la coalition regroupe plus de 14 associations. Elle a pour objectif d’obtenir l’abolition de la peine de mort dans notre pays, de conduire en coordonnant des actions pour promouvoir un large mouvement citoyen en faveur de l’abolition et en agissant auprès des autorités afin que la Tunisie rejoigne le camp des états abolitionnistes.
La coalition a organisé des conférences sur la peine de mort en Tunisie, des témoignages des ex-condamnés à mort et des réunions avec les anciens députés de l’opposition. Après ces réunions, 25 députés tunisiens ont présenté un projet de loi visant à abolir de la peine de mort en Tunisie en mars 2008. C’était une première dans l’histoire de la Tunisie.
Prochainement, la coalition va rencontrer les membres de l’assemblée constituante et les représentants des partis politiques pour faire pression pour assurer l’abolition de la peine de mort.

Propos recueillis par Nicolas Perron