A noter dans vos agendas. Le Congrès régional, organisé à Kuala Lumpur par Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et le réseau asiatique anti-peine de mort (ADPAN), se tiendra les 11 et 12 juin 2015. Deux jours de débats et d’ateliers sur les enjeux de peine de mort en Asie du Sud-Est. Pour en savoir plus, rencontre avec les deux coordinateurs, Timothée de Maillard, français basé à Paris, et Yi Pan, taïwanaise installée dans la capitale malaisienne.

Quel est votre parcours professionnel ?

Yi Pan : Après avoir étudié la psychologie et les langues d’Asie du Sud-Est en Californie où j’ai immigré à l’âge de 15 ans, je suis devenue enseignante dans le secondaire aux Etats-Unis. En 2009, je suis revenue à Taïwan où j’ai travaillé comme consultante dans l’éducation avant de rejoindre la fondation Humanistic Education puis le réseau taïwanais contre la peine de mort (Tawain Alliance to End Death Penalty – TAEDP).

Timothée de Maillard : Diplômé en linguistique appliquée, j’ai enseigné le français dans des structures d’accueil pour primo-arrivants. Puis, complétant mon cursus par un master en relations internationales et en sciences politiques, j’ai travaillé dans la coopération culturelle et universitaire en Amérique latine et dans l’espace post-soviétique. J’ai fait une mission d’un an dans l’Etat mexicain du Chiapas sur la situation des migrants. J’ai aussi travaillé au Kazakstan et en Russie pour le ministère français des Affaires étrangères. Plus récemment, de 2012 à 2014, j’étais à la tête du Centre Culturel Bactria au Tadjikistan dont la mission est de faire vivre la diversité culturelle et d’ouvrir le dialogue entre les autorités centrales et les différentes communautés du pays.

Qu’est-ce qui vous a incité à prendre en main la coordination du congrès régional ?

Y.P. : Militant contre la peine de mort dans mon pays, c’était pour moi l’occasion de m’investir pour l’abolition à l’échelle régionale. J’ai découvert le problème de la peine de mort il y a quelques années seulement, quand un parlementaire taïwanais, qui était par ailleurs impliqué dans une affaire politico-financière, a dénoncé la négligence de la ministre de la Justice qui ne signait plus aucun ordre d’exécution. La plupart des Taïwanais étaient alors atterrés : « Une ministre de la Justice qui ne fait pas son travail ! Comment est-ce possible ! La peine de mort existe à Taiwan, c’est son devoir de l’appliquer ! » J’ai immédiatement pensé le contraire et me suis dit que je ne voulais pas de ça pour mon pays. C’était pour moi d’une évidence absolue. Je considère que dans un système démocratique comme à Taïwan, le gouvernement détient le pouvoir que les citoyens lui ont délégué. Donc si nous, les citoyens, n’avons pas le droit de tuer, pourquoi le gouvernement l’aurait ? Je crois aussi que le droit à la vie est un droit fondamental pour tout citoyen. Mais lutter contre la peine de mort à Taïwan n’est pas facile. S’il se produit une tuerie, c’est toujours les mêmes menaces qui se font entendre : « Tous ces gens qui soutiennent la fin de la peine de mort, que diraient-ils si un membre de leur famille avait été tué ? Continueraient-ils à réclamer la fin de peine de mort ? » La directrice de TAEDP, elle, reçoit des menaces personnelles sur Facebook. Des menaces de mort et de viol. C’est donc important et même urgent de consolider le réseau abolitionniste dans la région.

T.d.M. : Après avoir passé 10 ans dans l’éducation et le culturel, j’avais envie de me consacrer davantage à la défense des droits de l’homme et de travailler plus dans le lobbying politique en utilisant mes expériences passées comme une passerelle.

En quoi consiste précisément votre mission de coordination ?

Y.P. : Mon rôle est de construire des ponts entre ECPM et tout ce qui se fait en Malaisie et dans le reste de la région. Je suis la « personne contact », que ce soit pour inviter les personnalités de haut rang ou faire les réservations d’hôtels. Je rencontre deux à trois fois par semaine les représentants d’ADPAN et fais le point tous les jours avec Timothée.

T.d.M. : La première étape de notre mission consistait à mettre en place une méthode de travail avec notre partenaire ADPAN et à élaborer un programme provisoire. Ce qui a été fait. Désormais, nous sommes à la seconde étape, celle de la mobilisation et de la communication. Nous cherchons à identifier les parlementaires de la région qui pourraient porter la question de la peine de mort au sein de leur parti et de leur parlement, ainsi que les associations locales de défense des droits humains qui seraient sensibles au sujet et pourraient à terme constituer un sous-réseau national. Il faudra ensuite mobiliser la presse et le grand public.

Qu’attendez-vous du Congrès régional ?

Y.P. : J’espère que ce congrès va permettre d’ouvrir une nouvelle étape dans la lutte contre la peine de mort en Malaisie. Par exemple, ne peut-on pas se donner comme nouvel objectif, concret et réaliste, l’abolition de la peine de mort dans la loi militaire ? Cela serait déjà une avancée. Je sais que les ONG locales sont submergées de travail et manquent de moyens. Mais j’espère que le congrès va amener tous les militants de la région à travailler ensemble. Il faut qu’il y ait une meilleure compréhension des uns et des autres pour construire une structure régionale plus efficace, offrant une meilleure visibilité à la lutte abolitionniste et une plus forte crédibilité.

T.d.M. : Nous souhaitons que ce congrès soit le début d’une longue coopération entre ECPM et ADPAN. Aujourd’hui, ADPAN est un réseau composé d’individus connus et reconnus mais dont la structure n’a pas de réelle existence. Il faut renforcer sa gouvernance et en faire un interlocuteur incontournable dans le jeu diplomatique. Nous espérons aussi que ce Congrès régional nourrisse le Congrès mondial contre la peine de mort de 2016 en Norvège. Les problématiques qui seront soulevées à Kuala Lumpur devront être retravaillées à Oslo pour aboutir à des recommandations validées par tous.

Propos recueillis par Camille Sarret.
A télécharger : programme provisoire du Congrès (en anglais).
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