Le clan des rétentionnistes est loin d’être homogène. Parmi les 56 pays dans le monde qui appliquent la peine de mort, la plupart exécute ponctuellement, comme c’est le cas dans les Caraïbes. En réalité, seule une minorité applique la peine de mort de manière systématique chaque année. « Ils sont à peine une dizaine, précise Raphaël Chenuil-Hazan, directeur d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM). C’est en quelque sorte “le top ten” des rétentionnistes. » A savoir : la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite, les États-Unis, la Somalie, le Soudan, le Yémen et le Viêt-Nam (malgré pour ce dernier pays une pause de 18 mois rompue le 6 août 2013 avec exécution par injection léthale).

Parmi ces dix pays, une seule démocratie : les États-Unis qui ont exécuté pas moins de 39 condamnés à mort en 2013. Il n’empêche, « un vrai processus d‘abolition est en marche aux États-Unis », affirme Raphaël Chenuil-Hazan. Depuis 2007, six État américains ont aboli la peine de mort : New-Jersey, New York, Nouveau-Mexique, Illinois, Connecticut et Maryland. « D’autres devraient bientôt suivre, indique Raphaël Chenuil-Hazan. Je pense notamment au Kansas, au Colorado et plus encore au New Hampshire où ECPM et la Coalition mondiale contre la peine de mort ont été invités mi-avril par la New Hampshire Coalition Against the Death Penalty pour convaincre les sénateurs d’adopter le projet de loi sur l’abolition déjà voté par les représentants. »

Résultat, sur les 50 États américains, 25 procèdent à des exécutions à mort, 18 ont aboli et 7 observent un moratoire (tout comme le niveau fédéral et militaire). « Si on s’intéresse plus au niveau des territoires, seuls 2% des comtés américains appliquent la peine de mort, indique le directeur d’ECPM. Même au Texas, l’application est loin d’être homogène. » Plus encourageant encore, l’opinion américaine tend à devenir abolitionniste. « 80% des Américains étaient favorables à la peine de mort en 1998, rappelle Raphaël Chenuil-Hazan. Ils ne sont plus que 60% aujourd’hui, voire seulement 50% quand il est proposé une perpétuité réelle comme alternative à la peine de mort. »

A l’inverse, en Chine et en Corée du Nord, la situation reste extrêmement difficile. « Nous sommes dans l’incapacité de donner des chiffres fiables pour ces deux pays, reconnaît Raphaël Chenuil-Hazan. Il n’y a aucune transparence. Ce qui fausse d’ailleurs les estimations mondiales des exécutions à mort. » En revanche, pour l’Iran, il est possible d’établir des estimations un peu plus réalistes, même si cela reste encore loin de la réalité. Depuis quatre ans, ECPM et son partenaire Iran Human Rights publient un rapport annuel sur la peine de mort dans ce pays. « Pour l’année 2013, on a dénombré 687 exécutions confirmées, dont 60% ont été rendues publiques par les autorités iraniennes. Ce nombre, qui reste relativement constant depuis 2010, est cependant le plus élevé depuis les 15 dernières années », indique le directeur d’ECPM. En Irak, il y a eu au moins 169 exécutions en 2013 et en Arabie Saoudite 79.

Camille Sarret.

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