Vendredi, 6 février. 6h du matin. Je crois que c’était le jour le plus froid de l’hiver. Je suis un peu inquiète, ce sera la première interview de Sabine Atlaoui. La première fois aussi qu’elle entre dans un studio. La première fois qu’elle s’assoit en face d’un des plus grands intervieweurs en France. La première fois qu’elle parle ouvertement, et devant des millions d’auditeurs, de son mari Serge, condamné à mort en Indonésie depuis 2007. Elle doit être précise, les Français connaissent encore mal le dossier qui traîne depuis des années. Sabine n’a pas beaucoup de temps, c’est la radio.

Cette matinée du 6 février dernier n’est jamais sortie de ma tête pendant les trois derniers mois. Ce souvenir me réconforte à chaque fois quand j’entends la question : « Mais Sabine va-t-elle tenir ? ». Moi, je sais qu’elle tient.

Un « petit » échauffement le 9 février avec une vingtaine d’interviews dans les locaux d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM), puis Sabine part en Indonésie. Me Richard Sédillot, l’avocat de Serge Atlaoui, reste à Paris et entre également dans un nouveau rôle. L’avocat discret devient pendant quelques semaines l’interlocuteur demandé par des dizaines de médias. Déterminé, combatif, serein, fatigué, ému… Un sacré défenseur, en appui à Sabine !

En mars, au moment du lancement de sa campagne « Ensemble, sauvons Serge Atlaoui et les autres condamnés à mort en Indonésie ! », ECPM ne pouvait pas prévoir l’avalanche d’évènements qui n’allait pas tarder. Et qui allait nous imposer de vivre des moments extrêmes, parfois plusieurs fois par jour. Notre équipe ne savait pas encore que 20 ONG allaient s’associer à notre campagne, que la star franco-indonésienne Anggun allait venir défendre, à nos côtés, les condamnés à mort dans son pays natal. Moins de 24 heures se sont écoulées entre le moment où les garçons d’ECPM se sont rappelés qu’un match entre le PSG et le FC Metz allait avoir lieu le lendemain, et le moment où les messins sont sortis sur le terrain avec nos t-shirts « Ensemble, sauvons Serge Atlaoui et les autres condamnés à mort en Indonésie ». Rien n’aurait été pareil sans nos partenaires des Journaux lorrains.

Merci de votre aide !

Samedi, 25 avril. Il est 18h en Indonésie. Les échanges avec les ambassades des neuf autres condamnés à mort qui figurent sur une liste d’exécution avec Serge, ont commencé. L’ambassade de France n’a pas été convoquée. Serge ne sera pas exécuté avec les autres.

Samedi, 25 avril. Il est 15h à Paris. A la suite de notre appel, des centaines de personnes se rassemblent devant Beaubourg. Sabine intervient par téléphone pour remercier tous ces gens qui se mobilisent depuis plusieurs semaines. Emotions ! Espoir pour Serge Atlaoui. Colère et consternation pour neuf autres personnes qui connaissent déjà la date de leur exécution : 28 avril.

Mardi, 28 avril. Huit personnes sont exécutées. Serge les connaissait. Certains étaient des amis proches… La Philippine Mary Jane Veloso obtient un sursis de dernière minute… Cela dépasse l’imaginable.

Aujourd’hui, 15 mai. A la fin de ce texte, je rajoute un « merci » tout particulier. Il est pour les médias français qui comprennent que cette campagne est difficile, très difficile. Et je ne parle même pas des jours où Sabine réalise des interviews pendant 22 heures ( !) d’affilée. Mesdames et messieurs journalistes, c’est un honneur de travailler avec vous pour cette campagne !

Sabine vient de m’appeler. Elle me dit que Serge lui demande de remercier encore une fois toute l’équipe d’ECPM et tous les gens à nos côtés. Nous continuerons, Serge, pour toi, pour Mary Jane, pour tous les autres.

Elle est très spéciale l’énergie de cette campagne. Je crois qu’elle vient de Sabine. Moi, je sais qu’elle va tenir.

Desislava Raoul,
Responsable communication ECPM